dimanche 22 mars 2009

Histoire pas catholique



Décidément, en ce mois de mars 2009, l’Église catholique en a fait voir de toutes les couleurs à ses fidèles !
D’abord avec un cardinal qui nie l’Holocauste et dont le pape ne semble pas savoir s’il doit le démettre de ses fonctions ou pas...
Ensuite avec cet évêque brésilien qui excommunie toute la famille et le personnel médical entourant une fillette de neuf ans qui se fait avorter après un viol.
Enfin avec la campagne contre les condoms que Papa Ratzi mène en Afrique, continent ravagé par le SIDA.

Mais ce n’est pas d’hier que l’Église s’embarque dans des causes douteuses et ça n’arrive pas seulement dans des pays « étrangers ». Voici une petite histoire ayant eu lieu dans notre Québec…

La loge « L’Émancipation »

En Mars 1911, à la Cour du Banc du Roi de Montréal, le juge Joseph Lavergne (citoyen d’Arthabaska, père d’Armand Lavergne et ami de Wilfrid Laurier) préside un procès hypermédiatisé pour l’époque, La Couronne contre A-J. Lemieux.
Le docteur Albert J. Lemieux et trois autres individus sont accusés d’avoir perpétré un vol à main armée sur la personne de Ludger Larose, peintre et professeur d’art.
Ce qui suscite la présence des représentants 10 journaux différents, venus de toute la province, à ce procès, c’est que Ludger Larose est aussi franc-maçon et que l’agression dont il fut victime est directement liée à son appartenance à la franc-maçonnerie, société secrète très mal vue par l’Église, alors que ses agresseurs sont membres de l’Association Catholique de la Jeunesse canadienne-française (ACJC) , organisme fondé en 1903 et voué à la défense du catholicisme.
Le crime a été commis le 8 avril 1910, à Montréal, au coin Sherbrooke et Prudhomme. Alors que Ludger Larose descendait du tramway, il fut attaqué par 4 hommes armés qui lui prirent son argent et, surtout, des documents appartenant à la loge maçonnique L’Émancipation, seule loge maçonnique francophone au Québec, dont Larose était trésorier.
Parmi ces documents se trouvait une liste des membres de l’organisme. Larose signala l’agression à la police, mentionna le vol de son argent mais ne parla pas de la liste de membres.
Quelques jours plus tard se tint une réunion d’urgence de la loge. Tous étaient certains que les documents seraient utilisés contre les personnes membres et la loge L’Émancipation décida de se dissoudre. Ses archives furent brûlées.
Les craintes des Francs-maçons se réalisèrent quelques mois plus tard quand les Jésuites du collège Sainte-Marie publièrent une brochure de 32 pages signée par le docteur Albert-J. Lemieux, intitulée La loge l’Émancipation. La brochure contenait des extraits de comptes-rendus de réunions de la loge remontant à 1909 mais, surtout, une liste des membres.
Les persécutions commencèrent immédiatement. Plusieurs médecins, maintenant connus comme francs-maçons, furent rayés du personnel des hôpitaux, la ville de Montréal fit une enquête pour expulser les Francs-maçons de son personnel et les commissions scolaires firent de même. Ludger Larose, marié et père de deux enfants, fut congédié sans façon de la commission scolaire du plateau, où il enseignait depuis 16 ans. Monseigneur Bruchési, archevêque de Montréal, publia la « liste noire » des personnes en question, recommandant aux Catholiques de les éviter, de ne pas faire affaire avec eux, de ne pas les embaucher.
Lemieux commença à faire une série de conférences sur le contenu de sa brochure et montant en épingle la « menace maçonnique ». Un jour, Larose l’entendit pérorer dans une librairie. Il reconnut la voix d’un de ses agresseurs. Il porta plainte à la police. Des accusations de vol à main armée furent portées. Et c’est ainsi que la cause se retrouve devant le juge Lavergne.
Les accusés ne nient pas les faits et se défendent même en disant avoir agi pour défendre la religion. C’est Larose qui est traité comme un accusé et questionné de façon serrée sur les buts de la franc-maçonnerie et le fait que l’Église interdise aux Catholiques d’en faire partie. On monte en épingle le fait que la loge L’Émancipation entretient des relations suivies avec le Grand Orient de France, loge maçonnique qu’on dit être à l’origine de la loi de séparation de l’Église et de l’État, adoptée dans ce pays en 1905.
À la fin du procès, devant les faits présentés, le juge Lavergne fait ses recommandations aux 12 jurés, tous canadiens-français et catholiques. Il est beaucoup plus directifs que ne le sont ordinairement les juges en disant : « Vous devez juger conformément à la preuve. Aucun autre verdict ne serait acceptable, que celui de culpabilité. »
Mais, le 28 mars 1911, les jurés trouveront les accusés non coupables. Malgré le fait, rappelons-le, que les 4 individus aient avoué avoir perpétré le vol à main armée. L’ensemble du clergé et de la presse conservatrice du Québec se félicitera de cette victoire sur l’athéisme alors que les journaux libéraux seront scandalisés : « Une nouvelle morale permet de voler les gens et de les brutaliser ! » affirmera le journal Le Pays.
Ludger Larose parviendra à survivre tant bien que mal jusqu’en 1912, où il sera embauché comme professeur d’art à la commission scolaire de Westmount. Il n’aura plus jamais l’occasion d’enseigner à des francophones.
Une nouvelle loge maçonnique francophone, appelée Force et courage, sera fondée mais elle demeurera marginale et n’aura jamais plus de 25 membres.
Chantez avec moi : Dans le bon vieux temps, ça se passait d'même...
Source :
Longstaff, Alison
The price of passion
The Beaver October/november 2005, Vol 85 :5, p 36 à 40

et

http://fr.wikipedia.org/wiki/Franc-ma%C3%A7onnerie_au_Canada

Photos : « Saint-Faustin » Tableau de Ludger Larose 1899
« Le vieil homme » Tableau de Ludger Larose

dimanche 22 février 2009

Votre cellulaire et le Congo (2e partie)















Un siècle après le caoutchouc, le Congo saigne toujours...




On a évalué à 220 millions de francs (équivalent à $ 1,1 milliards en dollars d’aujourd’hui) le profit total que Léopold aurait retiré durant sa vie, de sa colonie privée. Cela lui permit, entre autres, d’investir $6 millions dans la rénovation de son palais royal à Laecken.
L’exploitation du caoutchouc et de l’ivoire avaient l’avantage commun de ne nécessiter aucun investissement en capital, mais uniquement du travail : les Africains étaient forcés d’aller cueillir le latex et chasser l’éléphant, sous peine d’être fouetté, exécuté, mutilé, ou de voir leurs familles, prises en otage, subir le même sort. La moitié du budget de « l’État indépendant du Congo » était englouti dans la Force publique, armée de mercenaires au service de Léopold, dont les effectifs avaient gonflé jusqu’à 19 000 hommes. Il intéressant de comparer l’importance de cette force paramilitaire avec le chiffre minime de 430 employés civils en 1890. Cela donne une idée de la nature du régime…
Celui commença d’ailleurs de plus en plus à être critiqué à partir du tournant du siècle.
Dès 1890, un journaliste américain (et noir), Georges Washington Williams avait écrit une Lettre ouverte au roi Léopold, publiée dans plusieurs journaux, dénonçant les atrocités commises au Congo. Quelques missionnaires ajoutèrent leurs voix à la sienne. Essentiellement des Protestants, les Catholiques étant étrangement silencieux…
Léopold mit en doute ces informations, créa une Commission d’enquête bidon et a alla jusqu’à rétribuer des journalistes pour obtenir des articles favorables dans la presse. Il faut dire qu’il était très difficile pour des étrangers d’obtenir la permission de visiter le Congo et que les employés de la compagnie ne pouvaient le quitter avant la fin de leur contrat. L’information circulait donc mal. Néanmoins, un ancien employé, E.D. Morel, finit par révéler publiquement les atrocités auxquelles il avait assisté. En 1902, Joseph Conrad publia « Au cœur des ténèbres », longue nouvelle dans laquelle il décrit de façon impressionniste les horreurs du Congo léopoldien. En 1904, Roger Casement, diplomate britannique et militant antiesclavagiste, visita le Congo et ameuta la presse européenne. Toutes ces protestations finirent par amener le gouvernement belge, inquiet des répercussions sur l’image de la Belgique, à instaurer une commission d’enquête. En 1908, le Parlement belge vota l’annexion du Congo qui devint une colonie de la Belgique pour les 52 années suivantes. La Belgique prit en charge la dette de « l’État indépendant » (environ 110 millions de francs belges). Le roi n’eut jamais à rembourser les 32 millions en prêt divers consentis au cours des années et reçut 50 millions en « reconnaissance pour les services rendus » (à qui ?). Léopold mourut l’année suivante. Détail : il avait ordonné la destruction de toutes les archives de « l’État indépendant du Congo ».
Le bilan de ces années de terreur sur les populations du bassin du Congo est difficile à tracer. Il n’y eut aucun recensement au Congo avant les années 1920 et les estimations de la population congolaise avant le règne de Léopold varient de 10 000 000 à 27 000 000. L’estimation du nombre de morts causés par la terreur léopoldienne varie tout autant. Certains parlent de « plusieurs centaines de milliers de morts ». Roger Casement, en 1904 avait évalué à 3 millions le nombre de victimes. L’historien américain Adam Hoschild a évalué le chiffre à 7,5 millions. Si ces chiffres s’avèrent proches de la réalité, cela place Léopold dans la même catégorie de tueurs de masse que Staline, Hitler, Mao Zeedong ou Pol Pot.
Comment ces morts se produisirent-ils ? D’abord il y eut, bien sûr, les mauvais traitements, épuisement dû au travail forcé et exécutions sommaires. Mais il faut y ajouter les guerres continuelles : plusieurs royaumes africains résistèrent avec leurs vieux fusils à pierre ou leurs lances contre les armes à répétition et les mitrailleuses de la « Force publique ». Certaines ethnies se livrèrent à des guérillas qui durèrent jusqu’en 1906, auxquelles la « Force publique » répliquait souvent par des représailles sur les populations civiles. Les Arabes et Swahilis établis dans la région pour le commerce des esclaves et de l’ivoire défendirent aussi leurs intérêts. Ils avaient fondés des établissements dont certains étaient de véritables villes pouvant atteindre 60 000 habitants. De 1892 à 1894, ces cités furent systématiquement détruites. Puis, dans les années qui suivirent, la « Force publique » fut confrontée à une série de mutineries de ses soldats africains, étalées sur plus de dix ans (la dernière eut lieu en 1907).
Il faut ajouter les épidémies causées par les déplacements de population et les famines provoquées par l’abandon des cultures vivrières quand la main-d’œuvre était réquisitionnée.
La « Force publique » obtenait la collaboration des chefs coutumiers en les menaçant de mort. Ils donnaient l’ordre à leurs sujets d’aller récolter du caoutchouc sauvage dans la forêt. Ces exigences finissaient par provoquer des révoltes contre les chefs. La Force créa des camps où les femmes et les enfants furent pris en otage, les hommes pouvant libérer les membres de leur famille contre de l’ivoire ou du caoutchouc. Ces camps furent de véritables foyers d’épidémie et on y mourrait en masse.
Après 1908, on se dépêcha d’oublier ces faits dérangeants.
Mais aujourd’hui ? Sûrement la guerre actuelle au Congo est une affaire purement congolaise, non ?
En fait, elle a débuté avec l’invasion du pays par une armée rwandaise à la poursuite de rebelles liés aux massacres de 1994 dans ce pays, mais surtout, toutes les armées qui s’affrontent se financent avec de l’argent et des armes qui viennent d’en dehors du pays. En fait, en dehors d’Afrique.

Cuivre, étain, cassérite, coltane, lihium : ce sont des métaux ou des alliages naturels, bref des matériaux qu’on dit stratégiques. Vous ne connaissez sans doute pas les noms de plusieurs d’entre eux mais sachez qu’ils font partie des composants indispensables de plusieurs produits de haute technologie. Le coltane, en particulier, une fois raffiné, donne le tantale métallique, indispensable à certains produits technologiques, notamment votre téléphone cellulaireé
Le Congo est le principal producteur de plusieurs de ces métaux. Il possède, par exemple, 10% des réserves mondiales de cuivre, 30 à 40% des réserves de cobalt et 60 à 80% des réserves de coltane. Les exportations de coltane du Congo, par exemple, sont majoritairement dirigées vers les États-Unis qui en sont le plus grand consommateur.
Les mines de cassérite sont situées dans la province du Nord-Kivu, au nord du pays, là où la guerre fait rage. La guerre n’empêche pas l’exploitation minière, au contraire. Un mineur nommé Muhanga Kawaya a parlé de son travail à un journaliste britannique en 2006 :
« Quand tu rampes dans le petit trou, utilisant des doigts et tes bras pour t’agripper, il n’y a pas assez de place pour creuser proprement et tu te fais écorcher partout sur le corps. Et alors, quand tu reviens finalement à l’extérieur avec la cassérite, les soldats t’attendent pour prendre le minerai à la pointe du fusil. Ce qui veut dire qu’il ne te reste rien pour acheter de la nourriture. Alors nous avons toujours faim. »
Certaines mines sont gérées par des militaires ou à d’autres groupes armés, avec une main-d’œuvre théoriquement salariée, d’autres appartiennent à des mineurs « indépendants » qui sont taxées lourdement par les mêmes militaires ou les mêmes milices privées. Les soldats eux-mêmes sont peu ou pas payés alors la tentation est grande de pressurer les mineurs. Avec tout ce qu’on peut imaginer comme « dommage collatéraux » : meurtres, viols des femmes, enrôlement forcés des enfants comme soldats, etc.
Le journaliste Sven Torfinn a écrit, dans The Economist un article intitulé « Africa’s Great War ». On peut y lire des histoires de ce genre :
A travers le Kivu, un pays de collines vertes digne des cartes postales, les villages sont à moitié désertés, les champs négligés et le bétail un pieux souvenir. Dans les forêts entourant Mantu, près de Bukavu, les villageois ont creusé des tranchées allant jusqu'à la taille et les ont recouvertes de branches ; lorsque les maraudeurs hutus approchent, comme presque chaque semaine, ils viennent s'y cacher.
Les paysans de Ramba Chitanga, un village trop petit pour figurer sur une carte, racontent une histoire macabre. Lorsque le RDC (Une des factions militaires.) est parti, les Hutus sont arrivés et ont accusé les habitants de nourrir leurs ennemis, puis les Mai-Mai (Une autre faction) ont attaqué. Durant la bataille qui s'est ensuivi, les Hutus ont amputé les mains d'une jeune femme de 29 ans nommée Janet Vumilia ; à présent, avec ses moignons en forme de quille, elle maudit les proches qu'ils ont assassinés : ses beaux-parents, son beau-frère, sa sœur enceinte et sa nièce.
(…) Le bétail est aujourd'hui rarissime au Kivu, mais les prix se sont néanmoins effondrés. Les habitants calculent que s'ils achètent une vache, des hommes en armes vont la leur prendre, de sorte qu'ils ne le font pas. Les rebelles encaissent une "taxe sécuritaire" de 1 dollar par hutte, mais ce paiement ne semble pas réduire la probabilité que tôt ou tard des assassins s'infiltrent nuitamment.
Dans l'hôpital de Walungi, près de Bukavu, 1200 patients se répartissent 300 lits et l'attention de 3 médecins. La moitié environ des pensionnaires sont relativement bien portants, mais trop terrifiés pour rentrer chez eux. Les peintures murales de l'hôpital mettent en scène des docteurs noirs en blouse blanche, et rappellent les espoirs perdus des années 60. A présent, les dispensaires sont pleins d'enfants noirs aux cheveux blonds, un symptôme de malnutrition. Agée de 32 ans, l'infirmière principale affirme n'avoir reçu que 3 mois de salaire dans toute sa carrière. Pourquoi donc continuer ? "C'est notre pays", dit-elle en haussant les épaules. "Il est tragique, mais c'est ainsi."
Les mines de coltane, pour leur part, ont financé une armée de 40 000 soldats soutenue par le Rwanda en 2001-2002.
Tous ces matériaux sont en quantité infime dans chaque téléphone ou appareil électronique mais l’explosion du nombre de ces appareils depuis 10 ans crée une demande sans cesse croissante pour les métaux produits par le Congo.
Et c’est ainsi que le boom des nouvelles technologies et notre économie « sans fil », en Europe, en Amérique du Nord, sont soutenues par une économie de pillage dont le fonctionnement n’aurait pas dépaysé un Romain de l’Antiquité.
Il est vrai que certains pays occidentaux, aiguillés par les États-Unis, pensent à une force d’intervention… Depuis que le gouvernement nominal du Congo a signé un accord avec la Chine pour l’exploitation des métaux rares, et qu’une force de paix composée de troupes venues d’autres pays africains a commencé à s’organiser. Ce qui ne serait pas, apparemment au goût de tout le monde.
« La mise sur pieds d’un état de droit [au Congo] va permettre de juguler le trafic de minerais qui se passe dans toute cette région. Et s’il y a un état congolais fort, ces trafics vont diminuer.En ayant un état congolais faible, ces trafics vont continuer et l’accès aux ressources va être d’autant plus facilité », selon le professeur Bob Kabamba, chercheur congolais.
La morale de l’histoire ?
Je ne vois aucune morale là-dedans…

Pour en savoir plus :
http://www.checkpoint-online.ch/CheckPoint/Monde/Mon0043-GuerreCongo.html
http://www.indymedia.be/en/node/30217
http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/les-damnes-du-kivu_698131.html


dimanche 15 février 2009




Votre cellulaire et le Congo... (1ère partie)




Puisque février est le mois de l’Histoire des Noirs, je vais y aller d’une petite histoire africaine.

Parlons du Congo...

La République démocratique du Congo (qui fut autrefois le Zaïre, le Congo belge et l’État indépendant du Congo, entre autre noms que cette région a portés) est un territoire immense, actuellement sans gouvernement digne de ce nom, de 2 345 000 km2 et peuple de 65 millions d’habitants. L’endroit est, depuis 10 ans, ravagé par une guerre qui a fait entre 2 et 4 millions de morts et est totalement ignorée par les médias. En théorie les différentes factions ont signé un cessez-le-feu en 2003 mais les combats continuent dans le nord du pays.

Par comparaison, signalons que le conflit israélo-arabe, qui occupe tellement les médias occidentaux, a fait 51 000 morts en 60 ans.

La guerre au Congo a commencé durant la chute longtemps attendue du dictateur Mobutu Sese Seko en 1997. Cet individu, qui avait mis le pays en coupe réglée et instauré un régime qu’on a qualifié de « kleptocratie » (gouvernement par le vol) était aussi un grand ami de l’Occident pendant la guerre froide.

Avant lui, il y avait eu une autre guerre civile, au début des années 60. Celle-là, distinguée par la présence, totalement inefficace des troupes de l’ONU et celle, médiatiquement attirante de groupes colorés de mercenaires venus de divers pays européens, avait été causée par la sécession d’une province riche en minéraux, le Katanga. Cette sécession avait été soutenue par des intérêts miniers très importants qui redoutaient la présidence « socialiste » de Patrice Lumumba, élu à la tête du pays après le départ des Belges en 1960.

La Belgique avait dirigé le Congo, d’une façon particulièrement autoritaire, même selon les standards colonialistes, depuis 1908.

Parce qu’avant cette date, le Congo avait fait l’objet des manchettes des journaux occidentaux, à cause des « horreurs » qui s’y déroulaient.

De 1885 à 1908, ce fut l’époque de « l’État indépendant du Congo… »

En 1885, une grande conférence se tenait à Berlin, réunissant les chefs d’État des grandes et moyennes puissances européennes, avec, à l’ordre du jour, le partage de l’Afrique. Les pays européens se préparaient à conquérir l’intérieur du continent noir. Depuis des siècles, les Anglais, Français, Portugais, Espagnols et autres s’étaient contenté de s’emparer de petits territoires situés sur les côtes. Les maladies tropicales et l’opposition des royaumes africains avaient, jusque-là, empêché les Européens de pénétrer très loin à l’intérieur du continent. Dans les années 1880, deux découvertes vinrent changer la situation : les progrès de la médecine permettaient enfin aux Blancs de lever le premier obstacle et l’invention des armes automatiques, de liquider le deuxième.
Le principe reconnu par la conférence de Berlin était celui du « premier arrivé, premier servi ». Le premier pays à envoyer un explorateur dans un territoire pouvait ensuite le revendiquer sans interférences des autres puissances européennes. À lui ensuite d’imposer sa domination aux « indigènes ».
Or, dans l’immense bassin du Congo, où se trouve aujourd’hui la république du même nom, l’explorateur américain Stanley avait patrouillé la région, non au nom d’un pays mais au nom d’un individu : Léopold II, roi des Belges , qui était aussi un homme d’affaire avisé. Il avait formé la Compagnie du Congo pour le commerce et l’industrie, entreprise privée. Sous sa direction, des explorateurs avaient parcouru le bassin du fleuve Congo, et arraché des traités aux souverains des royaumes locaux en employant diverses méthodes, dont la corruption et la violence. Par ces documents, les principaux États de la région, les royaumes Louba, Lounda et Kouba, ainsi que de nombreuses petites tribus, se mettaient sous la «protection» de la compagnie (dans le but officiel de chasser les négriers arabes). En 1885, la Conférence de Berlin reconnut officiellement à Léopold II la propriété personnelle des terres ainsi revendiquées. Le territoire réuni, correspondant plus ou moins à l’actuel Congo-Kinshasa (76 fois plus grand que le royaume de Belgique), fut baptisé «État indépendant du Congo» et fut placé sous la direction personnelle de Léopold, sans que le gouvernement de la Belgique y soit le moindrement impliqué. Une série d’expéditions militaires, constituées de mercenaires payés par la compagnie et recrutés dans plusieurs pays, chassa les Arabes et leurs alliés Swahilis, quitte à embaucher ensuite ceux qui acceptaient de travailler pour la compagnie.
Quant à ce qui se passa ensuite, voici ce qu’en raconte l’auteur suédois Svend Linqvist dans son ouvrage « Exterminez toutes ces brutes ! » (Paris, Le Serpent à Plumes, 1992, 233 p.) :
“Le 29 septembre 1891, Léopold II, le noble ami de l’humanité, promulgua un décret qui donnait à ses représentants au Congo le monopole du “commerce” du caoutchouc et de l’ivoire. En même temps, les indigènes se voyaient obligés de fournir tant du caoutchouc que du travail, ce qui, en pratique, rendait tout commerce superflu. »
Si les Africains étaient disposés à effectuer le commerce du caoutchouc ou de l’ivoire, ce n’était que dans la mesure où cela leur rapportait des revenus supplémentaires. Sinon, pourquoi négliger leurs cultures et risquer la famine ? Mais la Compagnie voulait le caoutchouc et l’ivoire au prix le plus bas possible. Alors…
« Les représentants de Léopold réquisitionnèrent purement et simplement le travail, le caoutchouc et l’ivoire des indigènes, sans les payer. Ceux qui refusèrent eurent leurs villages brûlés, leurs enfants tués, leurs mains tranchées.” (Voir photo de gauche)
Chaque village congolais devait fournir un certain tonnage de caoutchouc à la Compagnie. Pour s’assurer du respect des quotas, une escouade de mercenaires était affectée à chaque région et le refus, ou le défaut, de fournir les quantités requises entraînait des expéditions punitives contre les communautés fautives : assassinats publics des chefs, viols, mutilations des otages, etc.
Un voyageur américain nommé Glave raconte ceci :
“À l’origine, les indigènes étaient bien traités, écrit-il, mais désormais, des expéditions ont été envoyées dans toutes les directions pour forcer les indigènes à faire du caoutchouc et à le livrer aux missions. L’État se livre à cette politique détestable pour faire des profits.
“La guerre a fait rage dans tout le district d’Equator, et des milliers de personnes ont été tuées et leurs maisons détruites. Ce n’était pas nécessaire autrefois, quand les Blancs n’avaient aucune force. Ce commerce forcé dépeuple le pays.
(…) “Quitté Equator à onze heures ce matin après avoir chargé le bateau avec une trentaine de petits esclaves, principalement des garçons de sept et huit ans, avec quelques filles dans le lot, tous volés aux indigènes.
(...)“De ces libérés à qui l’on fait descendre le fleuve, beaucoup meurent. Ils sont maltraités : pas de vêtements durant la saison des pluies, pas de toit pour dormir, pas de soins quand ils sont malades. L’État ne se soucie guère de la centaine de jeunes à bord, la plupart sont complètement nus et n’ont aucune couverture pour la nuit. Leur crime est que leurs pères et leurs frères ont lutté pour un peu d’indépendance.”
L’ « État » dont il est question, notons-le, est le nom donné à l’administration mise en place par la compagnie du roi Léopold.
Le missionnaire suédois Sjöblom rapporte cet incident survenu le 1er février 1895 : son prêche est interrompu par un soldat qui attrape un vieil homme et l’accuse de ne pas avoir récolté assez de caoutchouc. Sjöblom demande au soldat d’attendre que le service soit terminé. Le soldat se contente d’écarter le vieil homme de quelques pas, place le canon de son fusil contre sa tempe et tire.
“Un petit garçon d’environ neuf ans reçoit l’ordre par le soldat de trancher la main du mort, laquelle, avec d’autres mains prises de manière identique, sont remises le lendemain au commissaire, comme signe de victoire de la civilisation. »
Au poste de Stanley Falls, Glave décrit la situation suivante : “Les Arabes au service de l’État sont forcés de fournir de l’ivoire et du caoutchouc et ont l’autorisation d’employer tous les moyens qui leur semblent nécessaires pour parvenir à ce résultat. Ils emploient les mêmes moyens qu’autrefois, lorsque Tippu Tip (fameux esclavagiste de Zanzibar) était l’un des maîtres de la situation. Ils pillent des villages, prennent des esclaves et les échangent contre de l’ivoire. L’État n’a pas aboli l’esclavage, mais établi un monopole en éliminant les concurrents arabes et Wangwana.(...) Récemment, le poste de Lomani a perdu deux hommes qui furent tués et mangés par les indigènes. Les Arabes (engagés par la Compagnie) furent envoyés pour punir les indigènes ; de nombreux femmes et enfants furent pris et vingt et une têtes furent ramenées à Falls. Le capitaine Rom s’en est servi pour décorer les parterres de fleurs devant sa maison!”

La semaine prochaine : la suite. Jusqu’à aujourd’hui.



En attendant : une petite plogue !
Je serai au premier salon du livre de Victoriaville le 21 février prochain.
À la Place 4213 située au 13, rue de l’entente à Victoriaville.
J’y serai entre 10h et 17h pour présenter mon livre « Histoires à dormir Debout ! »

dimanche 18 janvier 2009

Histoire de nouvel an.


C'était le bon temps... paraît-il.


Janvier 2009, une nouvelle année qui commence. Elle aura sans doute son lot d’évènements et, entre le conflit au Moyen-Orient, la crise économique et la nouvelle présidence américaine, on peut déjà percevoir quelques préoccupations qui feront les manchettes. Ça semble un bon moment pour jeter un coup d’œil en arrière pour se souvenir de ce qui nous préoccupait il y longtemps, ou pas si longtemps que ça.


Que se passait-il il y a 25, 50, 75, 100 ans ?
Voici donc quelques éphémérides commentées…


Il y a 25 ans :

1984 : La CIA pose des mines dans les ports du Nicaragua. Le Nicaragua, dirigé par les Sandinistes (qui viennent de remporter les élections), porte plainte contre les USA à la cour internationale de La Haye. Le tribunal condamne effectivement les États-Unis pour cet acte de terrorisme. L’administration Reagan se contente de refuser de reconnaître la juridiction de la cour…
Bon à se souvenir pour ceux qui pensent que les actions de l’administration Bush depuis 8 ans relèvent d’une « dérive » unique dans l’histoire des USA. Avez-vous dit « terrorisme » ?

Cet été là est aussi celui des Jeux Olympiques de Los Angeles. On a beaucoup vendu de pub mais les performances n’eurent rien de mémorables à cause du boycott par l’URSS et les pays de l’Est, qui avaient les meilleures équipes. Pourquoi ces pays ont-ils boycotté les Jeux ? Parce que les USA et leurs propres satellites avaient boycotté les jeux de Moscou en 1980. Pourquoi ? À cause de l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS.
Mais bien sûr, la politique ne doit pas se mêler du sport. On l’a dit encore l’été dernier pour les Jeux de Pékin.

Cette année là, au Québec, c’est la visite du pape Jean-Paul II. Grand accès de catholiquaillerie et les féministes se font dire de se la fermer. Grand spectacle au stade nouvellement baptisé « Jean-Paul II ». On y sort pour la dernière fois les Zouaves pontificaux québécois. Céline Dion s’y fait connaître. Tout le monde n’est pas content : un fondamentaliste protestant pose une bombe dans le métro de Montréal qui fait 3 morts.
Non, ce n’était pas un musulman.
Pas plus que le caporal Lortie qui, basé à la citadelle de Québec, traverse la rue pour aller massacrer les députés à l’Assemblée nationale. Le parlement, heureusement, ne siège pas. Il y aura quand même 3 tués. Lortie avait des problèmes personnels et prenait un peu trop au sérieux les propos de certains animateurs de radio de Québec.
Ailleurs au Canada, en Saskatchewan, l’ex ministre de l’Énergie, Colin Thatcher, est arrêté et condamné pour avoir assassiné son ex à coup de hachoir à viande.
En Amérique du Sud, plusieurs mouvements de protestation amènent la chute des dictatures militaires, en Uruguay, en Argentine et au Brésil, notamment. Ici, on s’en félicite mais on s’était bien arrangé avec les militaires pendant qu’ils étaient au pouvoir. Il y a aussi des émeutes de la faim à Rio et à Haïti.
Ailleurs dans le monde : la guerre du Golfe se poursuit. C'est-à-dire la guerre entre l’Iran et l’Irak, dirigé par Saddam Hussein, lui-même soutenu par l’Occident car il est le « meilleur rempart contre l’intégrisme musulman ».
En Inde, l’armée s’empare du temple d’Or d’Amritsar où se sont retranchés des extrémistes sikh. Cela vaudra à la présidente du pays, Mme Indira Gandhi, de se faire assassiner par ses gardes du corps sikh, trois mois plus tard. C’est aussi cette année là qu’une fuite de gaz à l’usine d’Union Carbide à Bhopal fait 2000 morts.
Au Pakistan, le dictateur Zia ul-Aq, qui vient de faire pendre son prédécesseur, remporte à 60% un référendum sur l’Islamisation des lois et de la constitution. L’Occident est content car c’est vu comme un échec pour les communistes.
La Chine commence à réformer son économie. Ce n’est qu’un début.
Et Apple lance son premier McIntosh. La plupart des gens en sont encore à la machine à écrire.

Au cinéma : Ghostbuster
En musique : Born in the USA de Bruce Springsteen

Il y a 50 ans :


1959 : Ouverture de la Voie maritime du Saint-Laurent. La reine est venue, le président Eisenhower aussi. Parmi les pas contents : les Mohawks, qu’on a exproprié, sans compensation, de leurs terres sur la rive sud pour construire ce grand projet.
Les Montréalais ne sont pas sûr non plus car cette voie navigable risque de favoriser Toronto. Les Torontois sont très contents, pour la même raison.
Le gouvernement conservateur de John Diefenbaker annule le plus grand projet aéronautique de l’histoire du pays : l’intercepteur “Arrow” de AVRO Canada. 25 000 mises à pied. La compagnie va disparaître et une foule d’ingénieurs et de techniciens hyperspécialisés vont quitter le Canada, on les retrouvera sur des petits projets comme le Concorde en Europe et Appolo aux États-Unis. Mais le Arrow, avion d’avant-garde, dont les performances ne seront pas égalées au vingtième siècle (voir la photo), coûtait vraiment trop cher.
Les États-Unis accueillent deux nouveaux États : Hawaïi et l’Alaska. General Electric et Westinghouse sont trouvées coupables de pratiques illégales en fonction de la loi anticartel américaine. Au Mississipi se produit le dernier lynchage d’un Noir lorsque Mack Charles Parker, accusé du viol d’une Blanche, est tiré de prison et tué par des Blancs.
Les forces révolutionnaires de Fidel Castro entrent à La Havane. Le dictateur Batista s’enfuit en Floride. Plus de 4 500 anciens collaborateurs du régime sont arrêtés et jugés sommairement dans des procès publics. 600 seront exécutés Miami devient la plaque tournante du crime organisé dont les chefs Meyer Lansky, Lucien Rivard etc. ont fui l’île avec une certaine précipitation..

Ailleurs dans le monde :
Révolte des Tibétains contre les Chinois à Lhassa. Le Dalaï Lama part en exil en Inde suivi d’environ 10 000 de ses fidèles.
La même année, l’URSS refuse de donner la bombe atomique à la Chine. Les Chinois vont s’arranger sans leur aide …
Signature à Washington du traité sur l'Antarctiquequi déclare ce continent propriété commune de l'humanité et y interdit les activités militaires. L'Argentine et le Chili refusent de le signer.

Un certain Yasser Arafat fonde au Koweit le Mouvement de Libération de la Palestine.
En Suisse, un référendum refuse le droit de vote aux femmes.

Au cinéma : Ben Hur
En musique : Jacques Brel : « Ne me quittes pas ».


Il y a 75 ans :

1934 : Fondation de l’Alliance Libérale Nationale, par un groupe de libéraux dissidents. Ils proposent, entre autres, la nationalisation de l’électricité. Ils finiront par se faire absorber par le parti conservateur provincial dans ce qui deviendra l’Union Nationale. Les libéraux procéderont au projet de nationalisation... 30 ans plus tard.
Au Nouveau-Brunswick une controverse éclate lorsqu’un certain Calixte Savoie lance une campagne visant à exiger des services en français.
Le Dominion de Terre-Neuve est en faillite. Le service de la dette absorbe 63% des revenus. Le parlement s’abolit lui-même. Suspension de l’indépendance et imposition du gouvernement par une commission de fonctionnaires nommés à Londres. L’île finira en province canadienne dans 15 ans.
À Cuba, l’année voit l’abrogation de l’amendement Platt. Cet article de la constitution donnait aux USA un droit de regard légal sur la politique intérieure de l’île. Les USA conservent néanmoins à Cuba une base militaire : Guantanamo.
La loi Tydding-Duffie crée le “Commonwealth des Philippines”. Cette colonie américaine reçoit une forme d’autonomie.
À la suite de la crise économique qui fait rage depuis 1929 et du « Dust Bowl » (sécheresse) 500 000 “Oakies” (fermiers de l’Oklahoma et de l’Arkansas) abandonnent leurs terres et émigrent vers la Californie. John Steibeck va en tirer un grand roman : Les raisins de la colère.
Un complot en vue d’un coup d’État pour renverser le président Roosevelt est éventé lorsque le général pressenti pour l’opération Smedley Butler, dénonce la tentative.
En Californie, l’écrivain Upton Sinclair fait campagne pour le poste de gouverneur. Son programme EPIC (End Poverty in California) dresse contre lui les studios d’Hollywood qui emploient tous leurs moyens pour assurer sa défaite. Ils iront jusqu’à produire de faux documentaires dans lesquels des comédiens jouent le rôle de partisans de Sinclair et émettent des déclarations extrémistes, le faisant passer pour un pion de Moscou. Ça marche : victoire de son adversaire Frank Meriam.
Ouverture du pénitencier d’Alcatraz.
Après 14 ans d’occupation les troupes américaines évacuent Haïti, sans avoir rétabli la stabilité, ni la démocratie. Un certain Sténio Vincent devient président.
Au Mexique, le président Cardenas fait fermer les casinos. Son homologue brésilien Getulio Vargas, adopte une nouvelle constitution élargissant énormément les pouvoirs présidentiels.
En Équateur, un certain Velasco Ibarra devient président, Il ne lâchera plus, sauf par intermittence, avant 1972.
À Trinidad, petite colonie britannique : émeutes,”marche de la faim”et grèves. En réponse au problème, Sa Majesté envoie un navire de guerre.
Ailleurs dans le monde : famine en Éthiopie (ben oui…)
Les Japonais créent en Mandchourie, région enlevée à la Chine, l’État fantoche du Manzhouguo et nomment Pu yi, dernier empereur de Chine en exil, souverain du pays. Pendant ce temps, les communistes chinois, dirigés par Mao Zedong, entreprennent la Longue Marche vers l’Ouest du pays pour échapper aux armées nationalistes qui les poursuivent. Cette fuite des communistes leur permettra éventuellement de prendre le pouvoir, dans 15 ans.
À Paris, des manifestations organisées par l’extrême-droite tournent à l’émeute en février. En visite à Marseille, le roi Alexandre de Yougoslavie est assassiné par un membre des Oustachis, parti nationaliste croate.
Des Nazis autrichiens assassinent le chancelier Dolfuss, opposé à l’union avec l’Allemagne.
À Leningrad, Serguei Kirov, président du comité central du parti communiste, est assassiné. Cela servira de prétexte à Staline pour commencer une purge sanglante des cadres du parti.
En Allemagne, mort du président de la république, le maréchal Hindenburg. C’était le dernier obstacle qui pouvait empêcher Hitler de prendre le pouvoir absolu. La suite est connue…

Au cinéma : La Reine Christine avec Greta Garbo.
En musique : Les débuts de Tino Rossi, de Django Reinhardt, grand succès du jazz band de Duke Ellington.


Il y a 100 ans :


1909 : Le Canada et les États-Unis créent une commission conjointe pour la gestion et la protection des Grands Lacs.

La baisse du prix d’achat de la morue par les Compagniesies de pêche de Gaspésie déclenche une émeute des pêcheurs à Rivière-au-Renard, nécessitant l’envoi d’une frégate. Une des causes de mécontentement était que les pêcheurs étaient payés en « pitons » qui ne permettaient d’acheter que dans le magasin de la compagnie.

W.E.B.Dubois et d’autres Noirs américains fondent la N.A.A.C.P.(National Association for the Advancement of Coloured People) à Niagara Falls (Canada). L’organisation vise à actions juridiques contre lynchage et lois ségrégationnistes.

Le Congrès des USA adopte la loi Mann, interdisant à un homme de faire passer la frontière d’un État à une femme qui n’est pas la sienne...

L’Iowa adopte une législation visant à fermer les quartiers “Red Light”, quartiers réservés à la prostitution. Les autres États adopteront des lois similaires avant 1917. Après, il ne restera qu’un seul Red Light en Amérique du Nord, celui de Montréal qui ne fermera pas avant 40 ans.

À New York, on procède à l’arrestation de “Typhoid Mary” Mallon. Cette dame, porteuse de la typhoïde, mais non atteinte de cette maladie, insistait pour travailler dans le cuisines de maisons bourgeoises. Elle fut la cause de plusieurs morts parmi les familles de ses patrons. Comme elle refusait de changer d’emploi, un juge ordonne sa mise en détention. . On la détiendra jusqu’à sa mort en 1938...

Intervention militaire des États-Unis au Nicaragua pour soutenir une révolte contre le président Zelaya qui refusait d’emprunter à des banquiers new-yorkais et préférait faire affaire avec les Britanniques.

Le sultanat de Zanzibar abolit l’esclavage. En Inde, le gouvernement britannique introduit les premières assemblées provinciales élues. En Palestine : fondation de Tel-Aviv par les colons juifs. À Barcelone, l’armée massacre les anarchistes qui s’opposaient à la conscription pour la guerre contre les rebelles marocains.

Au cinéma : Le Luthier de Crémone, film de D.W. Griffith. Rappelons qu’on est au temps du muet et qu’on ne fait que des courts métrages.
En musique : L’oiseau de feu de Stravinsky. Signalons que l’industrie du disque est embryonnaire et qu’il n’y a pas de radio.

Il y a 150 ans :

1859 : Émeute à Montréal suite à une tournée de conférences du révérend Chiniquy. Cet ex-prêtre devenu pasteur protestant critique fortement l’Église catholique.
Aux USA : John Brown, abolitionniste blanc, tente de provoquer un soulèvement des esclaves à Harper’s Ferry, en Virginie. C’est un échec. Capturé, il sera pendu. On composera une chanson en son honneur « John’s Btown body », dont les paroles seront modifiées subséquemment et qui deviendra, durant la guerre de Sécession, « The Batlle Hymn of the Republic », mieux connu par son refrain « Glory, Glory, Alleluiah! ».
Cet année-là est aussi celle du premier forage pour du pétrole. Le premier puits est à Titusville, Pennsylvanie.

Cinéma : bBen non ! Ça n'existe pas et il n'y a pas vraiment de musique populaire non plus.


Il y a 200 ans :

1809 : Début de la navigation à vapeur sur le Saint-Laurent. (John Molson)
Le député Ezekiel Hart, seigneur de Trois-Rivières, est expulsé de l’Assemblée parce que juif. Cette mesure est prise à l’initiative du député Joseph Papineau, du parti canadien. Est-ce que de le laisser siéger aurait été un accommodement raisonnable ?
Et, en Nouvelle-Écosse a lieu la dernière pendaison pour piraterie au Canada. Intéressant de s’en souvenir avec le retour de la piraterie maritime aux environs de la Somalie.

Il y a 400 ans :

1609 : Le navigateur anglais Henry Hudson explore le fleuve qui portera son nom.
Champlain conclut une alliance commerciale et militaire avec les Hurons et Algonquins. Il participe à un combat contre les Iroquois. Étienne Brûlé, interprète, devient le premier Blanc à se rendre au pays des Hurons.
Les pêcheurs français demandent à être armés pour aller dans les environs de Terre-Neuve car les Inuits, peu contents de voir des intrus pêcher dans leurs eaux, ont attaqué plusieurs navires.

Quand on y pense l’actualité a souvent un air de déjà vu. Je ne sais pas pourquoi il y a encore des gens qui disent que c'était le bon temps. Ou qui semblent croire que notre époque est plus terrible qu'une autre.

Et ici une plogue : l’émission « Histoires à Dormir Debout » revient à l’antenne de CJRD FM 88,9 les jeudi à 18h et, en reprise, le dimanche à 14h.
Animatrice Claire Tessier, chorniqueur : André Pelchat.
http://www.cjrd.ca/

dimanche 14 décembre 2008

Histoire de Noël (ou des Fêtes ?)


Avez-vous peur qu’on vous enlève votre arbre de Noël ?

Parce que, paraît-il que c’est un danger pressant.

L’ex-chef de l’ADQ a soulevé cette question fondamentale durant la dernière campagne électorale : les « multiculturalistes » tenteraient d’enlever aux Québécois toutes leurs traditions.
Il n’a pas dit « les immigrants » ou les « musulmans ». Ses partisans, eux, ne s’en sont pas privés sur les blogues et tribunes radiophoniques.
Ce qui est assez drôle car je n’ai pas entendu un seul immigrant parler de la question. Ça se passe entre « pures laines ».

Pour ajouter de l’huile sur le feu, le Journal de Montréal a fait sa une (!) avec le fait que le Premier Ministre Jean Charest a fait corriger un communiqué où l'on parlait de « sapin des fêtes » et remplacer l’expression par « sapin de Noël ». Et si c’est en première page de la presse à Péladeau, ça doit être important. En tout cas, ça a dû aussi faire les manchettes des nouvelles TVA. Vous voyez bien que c’est important…

Remarquons qu’il y a trente ans, on nous faisait peur en nous disant que nous allions « perdre nos Rocheuses » si le Québec devenait indépendant. Maintenant, nous risquons de perdre nos arbres de Noël si nous ne nous « tenons pas debout » Il me semble que c’est moins gros, comme peur… et pas mal moins précis comme solution.

Néanmoins pour combattre cette odieuse entreprise « dénationalisatrice» de la gauche « cosmopolite » comme dirait le Chanoine Groulx, je vais raconter l’histoire d’une de « nos traditions de Noël ».

L’histoire du Minuit, Chrétiens ! Ce classique des Fêtes.

J’ai, un jour, entendu quelqu’un me dire que tout homme canadien-français ayant au moins un filet de voix avait rêvé de chanter le Minuit Chrétiens ! à la messe de minuit, une fois dans sa vie.

Est-ce assez traditionnel et national, ça, ma chère ?

Eh bien, savez-vous quoi ?

Le Cardinal Rodrigue Villeneuve, archevêque de Québec de 1931 à 1947 recommandait fortement à ses fidèles de ne pas chanter le Minuit Chrétiens ! durant la messe de minuit. Certains diocèses et paroisses de la Belle Province obéirent, d’autres pas car les fidèles réclamaient cette chanson à leurs curés.

Le brave Cardinal n’avait pas pensé à ça tout seul. Il n’a fait qu’emboîter le pas à une campagne menée en France contre la décadence de la musique religieuse par la Schola Cantorum du comte Vincent d’Indy, institution vouée à la musique d’église. Le brave comte avait écrit et fait écrire une grande quantité d’articles très virulents où Minuit Chrétiens ! était traité, entre autre, de « musique d’ivrogne ».

Les musiciens d’église jugeaient la pièce « théâtrale », de « mauvais goût », « vulgaire ».
Les clercs estimaient certaines expressions du texte, tel « l’homme dieu » et « de son père arrêter le courroux », non-conformes à la théologie. Bref, ce chant n’était pas très catholique.

Musique d’ivrogne ? Pas catholique ? Le Minuit chrétien ! Où est-ce qu’on s’en va ?

Parlons un peut des origines de ce chant.
Le compositeur, Adolphe Adam, (1803-1856) était d’origine juive et, de plus, musicien de théâtre. Pas totalement oublié aujourd’hui puisqu’il est l’auteur du ballet Giselle, encore présenté de nos jours, et de nombreux opéras légers. Sauf que l’Église a toujours condamné le théâtre et que les Juifs, au XIXe siècle, étaient encore le peuple « déicide » aux yeux de la hiérarchie et des fidèles.
Ça ne s’arrange pas avec l’auteur des paroles, Placide Cappeau, (1808-1877), marchand de vin de Roquemaure, franc-maçon notoire, conseiller municipal connu comme anticlérical dans son patelin. Il travaillait pour la société Auguste Bessy, Clerc fils et Cappeau, fondée en 1836.
Plus grave, il y avait les rumeurs entourant la naissance de la mélodie : Cappeau aurait écrit le texte pendant une joyeuse beuverie. Adam aurait recyclé un air de ses opéras et offert le cantique comme cadeau à sa maîtresse.

Et puis, la mélodie n’a rien à voir avec la musique d’église traditionnelle. Elle tient plutôt de la marche militaire. Et les paroles !

« Le Rédempteur a brisé toute entrave
La Terre est libre ou le ciel est ouvert
Il voit un frère ou n’était qu’un esclave.
L’Amour unit ceux qu’enchaînait le fer »


Une « Marseillaise religieuse » selon Adam. Pour bien juger de l’impact de ce commentaire, il faut se souvenir qu’au XIXe siècle, la Marseillaise était encore un chant révolutionnaire. Pas un bon catholique conservateur (et encore moins un prêtre) ne se serait fait prendre à chanter l’hymne républicain.
Pour revenir au Minuit, Chrétiens ! l’œuvre fut chantée pour la première fois à l’église de Roquemaure, le 24 décembre 1847 par madame Emily Laurey. Le titre était à l’époque Noël. L’usage s’est établi de l’identifier aux premiers mots du chant.

Le 24 décembre 1847, c’est deux mois avant la Révolution de 1848, qui allait renverser la monarchie de Louis-Philippe 1er et établir la IIe République française. Le texte original était un peu différent du texte final, semble-t-il. Presque un appel à la révolte, selon Floriant Bernard, directeur de chorale montréalais. Le Larousse de la Musique de 1957 le décrit comme un « poème épique anticlérical ».


D’où certaines réticences à l’identifier à la plus grande fête chrétienne.
Mais, si la nouvelle chanson était controversée aux yeux de l’Église, son succès populaire fut instantané.

L’organiste Ernest Gagnon, de Québec l’entendit à Paris en 1857 et l’introduisit au Bas-Canada l’année suivante. Il fut chanté dans l'église de Sillery près de Québec par la fille aînée du juge René-Édouard Caron (plus tard lieutenant-gouverneur de la province) et accompagnée par Ernest Gagnon. Ironiquement, cet air qu’on identifie tellement à des voix de ténor fut tout d’abord chanté par des femmes.
Le succès fut colossal au Canada français. Néanmoins, en 1859, la controverse européenne se retrouva dans les journaux du Bas-Canada. Dans L'Ère Nouvelle des Trois-Rivières et Le Journal de Québec Ernest Gagnon et Antoine Dessane (1826-1873), un musicien français de renom installé au Canada ferraillèrent au sujet du Minuit, Chrétiens ! Dessane semblait particulièrement irrité du fait que le Noël d'Adam ait été proposé au public canadien par quelqu'un d'autre que lui. À la longue, Dessane perdit la faveur du public.
En 1905, Gagnon alors âgé de 71 ans, se demandait toujours si le Minuit, Chrétiens ! vivrait encore longtemps.
Nous connaissons la réponse. Chanter le Minuit Chrétiens ! à la messe de minuit fut longtemps un honneur réservé à un notable si on en trouvait un pourvu d’un « bel organe » comme on disait alors. Sinon, c’était la tâche du maître chantre de la paroisse.
Pas trop catholique, l’hymne est aussi chanté aussi chez les protestants. O Holy Night !

Il a été enregistré par des voix aussi célèbres que Caruso, Tino Rossi Pavarotti, Raoul Jobin, Richard Verreau … Et Johnny Farago.

On a les traditions qu’on peut.

Dans le fond la chicane autour du fait de dire « arbre de Noël » ou « arbre des Fêtes » relève aussi d’une longue tradition : la controverse autour des symboles de Noël.


Cette histoire, et quelques autres, fera l’objet des « Histoires à Dormir Debout ! Spéciales du temps des fêtes » à la radio CJRD 88,9 FM à Drummondville. Une série de capsules de 5-10 minutes diffusées les mardis et jeudis à 10h20 et 13h20 durant les vacances de Noël.

On peut nous écouter en ligne au : http://www.cjrdfm.com/

Photo : Le Yéti de Noël. Œuvre orignale de Claire Tessier…

dimanche 9 novembre 2008

Histoire américaine

Obama ou le chemin parcouru


Souffrez-vous d’Obamanie ? Ça semble avoir été une épidémie cette semaine, à la suite de l’élection du premier « Afro-américain » à la Maison-Blanche.

À lire les gros titres de nos gros médias, ce n’est rien de moins qu’une Révolution. « Vote historique » , « Moment le plus important depuis la chute du mur de Berlin », chacun y est allé de son hyperbole. «
« La fin des années monstrueuses » écrivait Paul Krugman, récipiendaire du prix de la Banque de Suède en économie à la mémoire d’Alfred Nobel (improprement appelé prix Nobel d’économie), signalant par là qu’on allait laisser derrière les années Bush avec leurs activisme militaire, leur politique de laissez-faire financier et leurs attaques contre les libertés civiles. D’autres se réjouissaient de voir renaître une Amérique « libérale et généreuse ». On est aux limites du messianisme.
Jusqu’à nos pathétiques politiciens provinciaux qui tentent de se grimer en Mariobama et Obamarois.

Un chef d’État accédant au pouvoir sur une telle vague d’espoir ne peut que décevoir.

Les différences d’Obama avec la clique Bush-McCain en ce qui concerne les grands dossiers sont de l’ordre de la nuance. Il veut privilégier la guerre en Afghanistan plutôt qu’en Irak (même si les Britanniques viennent de conclure que la guerre en Afghanistan est perdue), veut fermer Guantanamo (mais pas l’ensemble de l’archipel de prisons secrètes éparpillés par les USA à travers le monde. Bref, il fermera la plus visible) veut abolir les dispositions « mauvaises » du Patriot Act (j’ai hâte de voir lesquelles sont les bonnes). Il veut aussi de plus dures sanctions contre l’Iran, resserrer l’embargo contre Cuba et reconnaître Jérusalem comme capitale « indivisible » d’Israël. On n’est pas ici dans le grand virage mais tout au plus dans l’ajustement.
Bientôt les lendemains qui déchantent.

Moi je suis plutôt de l’avis de Michael Moore : il faut souhaiter que Barack Obama brise toutes ses promesses car ses promesses, c’est « business as usual ».


Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de raison de se réjouir de l’élection de Barack Obama.

La bonne nouvelle c’est qu’il y a eu suffisamment d’Américains prêts à voter pour un Noir comme président. Et ça, ça représente un bond de géant pour les Etats-Unis, même si les politiques de ce président ne sont, elles, qu’un petit pas…

Pour en juger, il suffit de se souvenir de certaines données historiques.

Avez-vous déjà entendu parler de lynchage ? Dans le Sud des États-Unis, il était extrêmement courant, à une certaine époque, qu’une foule de Blancs, bons chrétiens et bons citoyens payeurs de taxes, sous un prétexte quelconque, décident de faire un mauvais sort à un ou plusieurs Noirs. (Voir première photo)

Entre 1890 et 1930, au moins 3 000 Noirs furent lynchés. Mais ça, ça n’est qu’un chiffre. Comment ça se passait ? Voici un exemple :

Norman Finkelstein, professeur de sciences politiques, résume la description faite par le New York Tribune d’un lynchage en Géorgie, au tournant du XXe siècle siècle : “Sam Hose [...] a été brûlé, attaché à une poteau sur une route publique, à un mile et demi d’ici. Avant que la torche n’allume le bûcher, les Nègre a eu les oreilles, les doigts et d’autres parties du corps coupés, avec une violence surprenante. Avant que le cadavre ait refroidi, on le découpa, les os furent brisés en petits morceaux. L’arbre lui-même où le malheureux avait rencontré son destin fut mis en pièces, pour en faire de souvenirs. Le coeur du nègre fut coupé en plusieurs morceaux, son foie aussi. Ceux qui n’avaient pu se procurer directement ces horribles reliques payèrent des sommes extravagantes pour en obtenir des plus chanceux. Des petits fragments d’os atteignirent la somme de 25 cents et un petit morceau de foie, frit, 10 cents.”

Selon un autre chercheur : « Les journalistes notèrent une active participation des notables de la région[...]Un des participants qui devaient retourner à la capitale exprima son désir de remettre une tranche du coeur de Sam Hose au gouverneur de Géorgie.”

Et, aux États-Unis, la loi n’était pas la même pour tout le monde, par exemple, autrefois, le viol était puni de mort en Virginie. Cependant, “entre 1908 et 1972, seuls des Noirs ont été exécutés en vertu de cette loi, alors que 45% des personnes condamnées pour viol étaient des Blancs.[...]. En 1950, des avocats ont interjeté appel de la condamnation pour viol de sept Noirs au motif que seuls des Noirs étaient exécutés pour ce crime. Mais la cour suprême de Virginie a rejeté appel [...] et les sept condamnés ont été exécutés.”
“Ces résultats sont confirmés par une étude effectuée en 1981 en Floride. En 1976 et 1977, sur 326 meurtres perpétrés entre personnes de races différentes, 5,4% des cas où la victime était noire ont entraîné une condamnation à mort ; en revanche, ce pourcentage atteignait 14% lorsque la victime était blanche. Cette étude démontre également que 53,6% des cas où la victime était noire ont entraîné une inculpation de meurtre qualifié ; cependant si la victime était blanche, ce pourcentage s’élevait à 85%”
Source : Plumelle-Uribe, Rosa Amelia La férocité blanche Paris, Albin Michel, 2001, 334 p.

Au cours du vingtième siècle, plusieurs projets de loi ont été présentés au Congrès fédéral pour criminaliser cette pratique en permettant de poursuivre les personnes qui auraient assisté à ces meurtres sans les dénoncer aux autorités. Tous ces projets, sans exception, ont été bloqués au Sénat. Le dernier lynchage officiellement reconnu a eu lieu en 1964. Le Sénat s’est excusé en 2005…

Pour bien mesurer le changement que représente l’élection d’Obama, citons une anecdote survenue en 1951, alors qu’un groupe de diplomates américains présents pour une conférence au Luxembourg furent invités à un concert donné par les Jubilee Singers of Fisk University, une chorale noire en tournée européenne et qui se produisait fréquemment devant les chefs d’État et têtes couronnées. . La réponse ? “We have been trained as Foreign Service Officers and we are not interested in negroes of any kind.’
Source : The Cold War and the Color Line by Thomas Borstelman
Du chemin a été fait mais tout n’est pas encore fait, il s’en faut de beaucoup.

En 1998, sur les 1838 procureurs de district aux États-Unis, 22 étaient noirs, 22 étaient hispano-américains ou issus d’autres minorités ethniques et tous les autres (soit 1 794) étaient des Blancs.

“Thomas J. Keil et Gennaro F. Vito, deux chercheurs de l’université de Louisville, dans un travail portant sur “La race et les procès pour meurtre au Kentucky”, publié en 1995 dans la Revue américaine de justice pénale, ont fait le constat suivant : “Alors qu’un nombre à peu près équivalent de Blancs et Noirs sont victimes de meurtres aux États-Unis, 82% des prisonniers exécutés depuis 1977 avaient été reconnus coupables du meurtre d’une victime blanche. Au Kentucky, toutes les condamnations à mort prononcées jusqu’en mars 1995 concernaient le meurtre d’une victime blanche, alors que plus de 100 Noirs avaient été victimes d’homicides dans cet État.”
Il y a aussi cet article du Chicago Tribune du 13 janvier 1999 sous le titre “L’envers d’un procès équitable” : “Michael Goggin, ancien procureur du comté de Cook, dans l’Illinois, a récemment admis que le bureau du procureur de district avait organisé un concours pour voir quel procureur aurait le premier atteint, par le nombre d’accusés qu’il faisait condamner, un poids de total de 4000 livres [environ 2000 kilos]. Les hommes et les femmes en cours de jugement étaient amenés dans une pièce et pesés. La plupart des accusés étant noirs, ce concours avait été surnommé “Niggers by the Pound”, “Des Nègres au kilos”
Source : Plumelle-Uribe, Rosa Amelia La férocité blanche Paris, Albin Michel, 2001, 334 p.


La justice est censée être aveugle. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle perçoit encore les couleurs.

Obama va-t-il s’attaquer à ces vestiges de racisme institutionnalisé ? Rien ne l’indique mais on peut toujours l’espérer.

Il serait absurde de ne pas voir le chemin parcouru et les changements qui ont été accomplis grâce au travail de milliers de militants, d’hommes politiques (hé oui, quand même quelques-uns !), d’artistes, de journalistes. Les lois de ségrégation ont été abolie et on a vu des Noirs occuper des postes importants, y compris dans des administrations pas forcément progressistes (qu’on pense à Condi et Colin Powell).

Il serait également absurde de ne pas voir ce qu’il reste à faire.

Peut-être la meilleure conclusion se trouve-t-elle sur un monument, à Tulsa, Oklahoma, qui commémore une émeute meurtrière qui détruisit le quartier noir de la ville en 1921.(Voir les 2 autres photos)

On peut y lire :

Les choses ne sont pas ce qu’elles devraient être
Les choses ne sont pas ce qu’elles pourraient être
Mais Dieu merci, les choses ne sont plus ce qu’elles étaient.


Ici plogue ! Si vous voulez en savoir plus sur cette émeute, lisez mon livre Histoires à Dormir Debout ! http://www.manuscritdepot.com/a.andre-pelchat.1.htm



Source des photos
Lynchage : Life Magazine
http://www.digitaljournalist.org/issue0309/lm18.html
Émeute de Tulsa :
http://www.momisteaching.com/
http://www.legendsofamerica.com/









samedi 25 octobre 2008

Histoire de chasse

Puisque c'est l'automne, que les feuilles tombent et que c'est le temps de la chasse, voici une histoire de chasse que me racontait ma grand-mère. Une petite légende que je n'ai jamais entendu ailleurs.
Comment les pères conjurèrent le caribou


Autrefois, il y avait du caribou dans l’actuel parc des Laurentides, au nord de Québec. On n’en trouve plus guère aujourd’hui aussi loin au sud. Mon grand-oncle Jean-Baptiste, qui vivait dans la région de Stoneham et a été le plus vieux citoyen de la province de Québec à prendre son permis de chasse - à l’âge de 92 ans !- , se souvenait encore, dans les années 1960, avoir chassé le caribou près de chez lui.
Sa sœur, Rose Délima, était ma grand-mère, et mon père, grand chasseur devant l’éternel, se rendait parfois dans la région de Stoneham pour chasser l’orignal. C’est là que mon grand-oncle nous racontait ses histoires d’autrefois, en compagnie de ses deux sœurs, ma grand-mère et ma tante Manda. Ce sont ses sœurs qui m’ont raconté comment il se fait qu’il n’y a plus de caribou dans le parc.
Parce que lorsque ma tante Manda et ma grand-mère se rencontraient, on en était quitte pour une soirée à les entendre « se conter leurs peurs » comme disait mon père. Les « peurs » en question comprenaient des histoires de loups-garous, de feux follets, celle du diable beau danseur et bien d’autres que j’ai entendues et lues en plusieurs versions et qui font partie du folklore québécois.
Celle de la disparition du caribou des Laurentides, par contre, je ne l’ai jamais entendue ailleurs que de la bouche de ma grand-mère.
Ce qu’elle me racontait remontait avant son mariage, avant la Première guerre mondiale. Je la revois encore, assise dans la massive chaise berçante qui avait appartenue à son défunt Napoléon, mon grand-père. Moi, j’avais environ six ou sept ans et je m’asseyais sur un pouf, fasciné, pour écouter religieusement « mémère » me raconter ses histoires.

Saint-Adolphe-de-Stoneham, dans ce temps-là, n’avait rien de la station de ski qu’on connaît aujourd’hui. C’était un village perdu, sans même une charte municipale, où une dizaine de familles vivaient le long d’un chemin qui montait à pic comme dans la face d’un singe, vers le sommet d’une montagne couverte de forêts. Les terres appartenaient presque toutes au Séminaire de Québec et les habitants devaient encore payer des rentes aux « pères du Séminaire ».
Comme l’agriculture ne donnait qu’un rendement minable sur ces terres de roches, la chasse était une nécessité pour varier l’ordinaire. Outre les ours et orignaux qu’on trouve encore en abondance dans cette région, il y avait à l’époque une population importante de caribous des bois.
C’était avec l’idée de se procurer un peu de viande fraîche pour la famille que le cousin Baptiste est parti un beau jour d’hiver, raquettes aux pieds, avec son fusil à un coup, pour chasser dans l’immense forêt qui environnait le village. Baptiste était bon chasseur mais orgueilleux : il ne chassait que le gros gibier. Comme pour beaucoup d’habitants du coin, lièvres et perdrix n’étaient pas dignes d’un coup de fusil. Le petit gibier était tout juste bon pour les enfants qui posaient des collets. Un homme chassait le caribou. Et, dans le village, c’était toujours la compétition à qui ramènerait le plus beau spécimen avec le plus beau panache. On en oubliait parfois que le troupeau était surtout une réserve de viande. Or Baptiste avait aperçu un splendide caribou mâle, avec un splendide panache, et disait à qui voulait l’entendre que celui-là était pour lui.

Baptiste a dû marcher longtemps et la journée commençait à être bien avancée quand il a vu son premier gibier digne de ce nom. C’était le « buck » qu’il avait déjà aperçu. Baptiste était content : au moins 200 livres de viande et un trophée à faire pâlir tous les envieux du village.
Le cousin a chargé son fusil : d’abord la poudre, puis la bourre, puis la balle, puis on enfonce le tout avec sa baguette, puis on dispose l’amorce. Enfin prêt à épauler, il s’est aperçu que l’animal s’était éloigné et s’était immobilisé sous un grand sapin. Baptiste s’est approché prudemment, son fusil prêt à tirer.
L’animal s’est sauvé à nouveau et a disparu derrière un bosquet. Avec précaution, Baptiste en a fait le tour, sauf que, lorsqu’il a été en position de voir l’animal, celui-ci s’éloignait déjà en galopant. Le vieux fusil à baguette de Baptiste ne portait pas loin et il ne voulait pas risquer d’effrayer l’animal, ou de le blesser, et ainsi de le perdre pour de bon.
Baptiste a continu à poursuivre le caribou jusqu’à temps que le soleil soit couché.
Et là, Baptiste a réalisé que le caribou avait disparu et qu’il faisait noir.
Si il ne retournait pas sur ses pas avant que la poudrerie ait effacé ses traces, il était perdu.
Baptiste s’est donc mis à suivre ses propres traces mais elles disparaissaient déjà enfouies sous la neige poudreuse.
Après avoir tourné en rond en vain, incapable de retrouver son chemin, épuisé et transi, Baptiste s’est assis sous un arbre.
C’est sous cet arbre que des gens du village l’ont trouvé, plusieurs jours plus tard, mort gelé.
Il était à moins de cent pieds de chez lui.

Toutes les familles de Stoneham ont été horrifiées et, le prêtre venu officier pour les funérailles a vite su que Baptiste était mort en poursuivant un caribou, un splendide mâle que plusieurs chasseurs avaient vu mais que personne n’avait réussi à tuer.
Il en a aussitôt prévenu les Pères du Séminaires.

Ceux-ci on conclu que l’orgueil avait perdu Baptiste mais que c’était la faute du caribou. Seul le diable pouvait avoir envoyé cet animal pour tenter les pauvres habitants. Il fallait prendre des mesures et seule le Bon Dieu pouvait combattre le diable.

Ma grand-mère dit qu’il y a eu une grande cérémonie avec encens, cloches et goupillon, chants grégoriens, orgues et prières en latin, durant laquelle les Pères ont « conjuré » le caribou. Elle levait le ton (et le doigt) en prononçant le mot « conjurer » Je n’ai jamais su au juste ce que voulait dire « conjurer le caribou » mais, à six ans, assis sur un pouf avec ma grand-mère qui levait le doigt (et le ton) en me surplombant, c’était très impressionnant.
L’automne suivant, quand les chasseurs son partis dans les bois, ils ont vu des orignaux mais plus trace de caribou.

Selon Rose Délima , c’est depuis ce temps-là qu’il n’y a plus de caribou dans le parc des Laurentides. Cet animal a été « conjuré ».