dimanche 14 juin 2009

Histoires d'histoires (suite)
















Le temps des romans à dix sous (2e partie)






Dans les années 1940-50, il y a peu d’auteurs canadiens-français et ceux-ci ne trouvent pas beaucoup de lecteurs.
Pour la majorité de la population, la fiction se trouve au cinéma (qui, comme aujourd’hui, est surtout américain) et à la radio, avec les « radioromans » qui deviendront des téléromans après l’apparition de la télévision canadienne en 1952.

Mais il y a les « romans à dix sous » (à ne pas confondre avec les « dime novels » américains des années 1880-1900).

L’histoire des romans à dix sous ou « littérature québécoise en fascicule » commence durant la Seconde Guerre Mondiale.


Après la fin de la Première guerre mondiale, ç’a été l’âge d’or des « pulp magazine » aux USA. Ce sont des magazines bon marché publiant des nouvelles et des récits à épisodes : policiers, science-fiction, etc. Plusieurs futurs auteurs célèbres y font leur début. Très tôt, on les trouve sur le marché canadien.
Mais le arrive deuxième conflit mondial : la loi de 1940 (War Exchange Conservation Act) interdit l’importation de périodiques étrangers contenant des histoires de « sexe, crime, détective, western et soi-disant cas vécus ».
On vient d’ouvrir une niche dans le marché, pour les éditeurs canadiens. Ceux-ci se mettent à la recherche d’auteurs prêts à travailler pour pas cher afin de remplacer les périodiques états-uniens subitement devenus introuvables de ce côté-ci de la frontière. La loi bloque aux douanes les histoires d’un certain type. Elle n’interdit pas de publier si elles sont écrites au Canada. Alors on publiera des histoires de « sexe, crime, détective, western et soi-disant cas vécus », typiquement canadiennes…
Bientôt apparaissent les « pulps » canadiens : « True Crime », « Murder and Mysteries » « « Feature Detective Case » « Daring Crime Case » etc. Cette époque sera aussi l’Âge d’Or de la B.D. canadienne favorisée, de plus, par une loi rationnant l’encre de couleur, ce qui contribue à éliminer les « comics » américains du marché local.

Et au Québec, apparaissent, les « romans à dix sous ».

De 1944 à 1967, les kiosques à journaux, les étagères des gares et des tabagies sont couverts de ces fascicules d’une quarantaine de pages en moyenne, aux couvertures monochromes munies d’illustrations spectaculaires, d’un goût souvent douteux. On les vend 0.10$ (d’où leur surnom de « romans à dix sous »). Le prix montera à 0.15$ dans les années 60, qui verront la disparition du genre.

La publication est hebdomadaire, chaque semaine voyant la parution d’un nouvel épisode d’une histoire à suivre. Plus de 80 feuilletons seront publiées pendant les 23 ans d’existence de ce médium.
Certaines racontent des « cas vécus » tirés des annales policières mais la plupart sont des œuvres de fiction de tous les types : policiers, science-fiction, western et, bien sûr, espionnage car le genre a commencé durant la deuxième guerre mondiale et, aussitôt, après, c’est la guerre froide et les espions de romans font leur part dans la lutte contre le « danger communiste ». .

Le plus populaire : « Les aventures étranges de l’agent IXE-13, l’as des espions canadiens-français ». En 1950, un million d’exemplaires de cette série seront vendus.( Combien d’auteurs québécois contemporain ont vendu un million d’exemplaires d’un de leurs livres ? )
De semaine en semaine, Jean Thibault alias l’agent IXE 13, accompagné de son faire-valoir, le colosse marseillais Marius Lamouche pulvérise les méchants communistes. Parmi ceux-ci, un ancien nazi, le colonel Von Tracht (devenu Tracko, une fois passé aux Soviétiques après la guerre) et la séduisante Taïa « Reine des communistes chinois ».

Mais il y en a d’autres : le Domino Noir, un justicier masqué, sous l’identité duquel se cache Simon Antoine, jeune et riche playboy, aidé par ses inséparables compagnons, le journaliste Benoît Augé et la jolie Marthe Bouché. Il y a Albert Brien, l’as des détectives canadiens-français et Guy Verchères l’Arsène Lupin canadien-français, Monsieur Mystère, et bien d’autres. Étonnamment, plusieurs mettent en scène un personnage central féminin : « Colette UZ-16, l’As femme détective canadienne-française », « Françoise UC 12, l’incomparable espionne canadienne-française », « Diane, la belle aventurière », etc.
Le caractère « canadien-français » des héros et héroïnes est souvent mis en évidence dans le titre des feuilletons. On peut y voir un phénomène de compensation pour un peuple manquant de vrais héros (après tout, c’est au beau milieu de cette période, en 1955, qu’a eu lieu la fameuse émeute du forum à la suite de la suspension de Maurice Richard).

Qui lisait ces récits ? Selon une étude réalisée par un consortium universitaire appelé Érudit la moyenne d’âge des lecteurs de romans à dix sous était de 15 ans. Selon la même étude, la majorité d’entre eux, lorsqu’ils ont délaissé ce type de lecture, se sont mis à lire des best-sellers. Point à relever : ils et elles ne lisaient alors presque plus de livres québécois. Ce qui confirme ce que je disais au début, que la littérature québécoise n’a longtemps rien produit qui réponde à ce type de préoccupations.

Les auteurs ? Ils écrivent tous sous des pseudonymes, Hercule Valjean, Max Romier, Gilles Brodeur, Marcel Lenoir, etc. Ils étaient sans doute des dizaines mais très peu ont été identifiés formellement.
Le plus connu : Pierre Saurel, auteur du très populaire IXE-13, alias Pierre Daigneault, folkloriste et comédien, surtout connu aujourd’hui pour son rôle du père Ovide dans « Les Belles Histoires des Pays d’En Haut ». Il a aussi écrit une bonne partie des aventures du « Domino Noir » et d’autres feuilletons, changeant allègrement de pseudonyme au besoin. On sait qu’Yves Thériault a aussi prêté sa plume à divers pseudonymes.

Ce qui explique que ces histoires étaient mal et rapidement écrites. Mal écrites parce que rapidement : un épisode par semaine de chaque série, chaque auteur écrivant plusieurs épisodes de plusieurs séries, fréquemment sous plusieurs pseudonymes. (Thériault en aurait écrit jusqu’à 12 épisodes par semaine !). Il arrivait qu’un feuilleton soit écrit par plusieurs auteurs se relayant sous le même pseudonyme, sans toujours s’être lus mutuellement, d’où de fréquentes incohérences dans les récits. Par exemple, dans certains épisodes, tout un chacun connaissait la véritable identité du Domino Noir, gardée jalousement secrète dans d’autres. Le réalisme n’était pas, non plus, une préoccupation majeure : dans un des premiers épisodes d’IXE-13, on voit l’as des espions participer à … la prise de Berlin avec les troupes canadiennes !

Désapprouvée par le clergé et ignorée par le milieu littéraire, cette littérature populaire disparut aussi rapidement qu’elle était apparue, tuée, sans doute, par la télé, le cinéma et les bandes dessinées importées. Les derniers IXE-13 furent publiés en 1967. J’avais 8 ans. Quatre ans plus tard, lorsque le film de Godbout sortit sur les écrans, j’ignorais totalement qu’une telle littérature eut déjà existé.

C’est quoi, la devise du Québec, déjà ?

Pour en savoir plus :

M. Jean Layette tient depuis 2000 un site consacré à la littérature québécoise en fascicules, c’est à voir ! Voici le lien :

http://www3.sympatico.ca/collectionantiqueduquebec/liquefasc/

En 1989, un projet de recherche du Centre de Recherche en Littérature québécoise, dirigé par M. Denis Saint-Jacques a débouché sur l’édition d’une anthologie proposant des épisodes de plusieurs feuilletons de la période 1940-1960 et mettant en scène des héroïnes :

Milot, Louise, Aurise Deschamps, Madeline Godin
Le cœur à l’aventure
Montréal, Nuit Blanche, Éditeur, 1989,372 p.
http://openlibrary.org/b/OL20379595M/Coeur-%C3%A0-l%27aventure

« Avez-vous déjà lu IXE-13, Albert Brien, Guy Verchères…? »
Sylvie Provost
Études littéraires, vol. 15, n° 2, 1982, p. 133-164.
http://www.erudit.org/revue/etudlitt/1982/v15/n2/500571ar.pdf

Et des extraits du film de Godbout sont visibles sur Youtube :
http://www.youtube.com/results?search_type=&search_query=IXE+13&aq=f

dimanche 7 juin 2009

Histoire d'histoires...


Le temps des romans à dix sous. (1ère partie)


Depuis que je sais lire, j’ai une dent contre la fiction québécoise. Durant mon enfance et mon adolescence, les auteurs d’ici n’ont pas produit grand-chose pour susciter mon intérêt. Romans, téléromans, films, rien ne trouvait grâce à mes yeux, du moins jusqu’aux années 1980 (après, ça a commencé à changer). Comme beaucoup de jeunes je « trippais » sur les histoires d’action, de suspenses, d’insolite. Science-fiction, fantastique, polar, thrillers d’espionnage, voilà ce qui était ma tasse de thé, que ce soit à la télé, au cinéma, en roman ou en B.D.
Or, de ce point de vue, dans la deuxième moitié des années 1960 et dans les années 1970, tout était étranger. Les « héros », qu’ils soient capitaines de vaisseau spatial, espions, pilotes, détectives ou explorateurs étaient invariablement américains, français, britanniques, japonais, belges, parfois néerlandais, mexicains ou italiens mais jamais québécois. Un seul « Canadien » : Dan Cooper l’as de l’aviation… héros d’une B.D. belge. Les Français produisaient des films policiers et d'espionnage, les Belges des B.D., les Japonais des gros monstres, les Italiens des péplums et des western, les Chinois des films de Kung-Fu, les Britanniques étaient les spécialistes de l'horreur gothique. Les séries télé d'action venaient des États-Unis ou de Grande-Bretagne, mais parfois du Japon (surtout les dessins animés) mais aussi d'ailleurs. Et ici ?
Le roman québécois semblait ne se composer que de romances sombres mettant en vedette des losers mijotant dans leur auto-apitoiement. Les téléromans ? Des petits drames familiaux se résumant à des chicanes de cuisine. Quand il se passait quelque chose, on ne le voyait pas, on en entendait parler ! Le cinéma québécois ? À l’époque, on n’y voyait qu’antihéros souffreteux, théâtre d’été filmé ou « films de cul ».
Vraiment, il semblait possible d’imaginer un monde plus excitant dans tous les pays, sauf ici. Il semblait possible d’imaginer un individu triomphant contre l’adversité dans tous les pays sauf ici. Il semblait possible de trouver des récits captivants dans l’histoire de tous les pays, sauf ici. Il semblait possible d’imaginer le futur dans tous les pays, sauf ici.

Ça n’avait pourtant pas toujours été comme ça. Je me souvenais, qu’au début des années 60 (mais j’étais alors bien petit…), il y avait eu, à la télé québécoise, des séries historiques, policières, fantastiques, tout à fait comparables à ce qui se faisait ailleurs. Il y avait eu Radisson, Les Enquêtes Jobidon, le Courrier du Roy, le Grand Duc, Ti-Jean Caribou.
Tout ça était bien disparu quand je commençais à aller à l’école. L’ « action », c’était alors « Batman », « Ultraman », Super-Bolide (alias « Speed Racer ») Hawaii 5-0, les Envahisseurs, Bob Morane, Tintin, Astérix, etc.
Ce fut l’époque où je commençais à m’intéresser à l’écriture, tout d’abord par le biais de la B.D. Je créais des bandes dessinées sur du papier recyclé que mon père ramenait de l’usine. Histoires d’aventures, de science-fiction, fantastique… toujours très exotiques. J’étais totalement incapable d’imaginer de telles histoires se passant au Québec. Tous mes héros avaient des noms anglo-saxons et vivaient à Los Angeles, Londres ou New York.
Ce malaise était d’ailleurs très répandu. Un jour dans la cour de l’école, je rencontrai un gars, qui faisait, lui aussi, des B.D. J’étais heureux de rencontrer enfin quelqu’un qui partageait mes intérêts, ça me faisait sentir moins « freak ». Ce fut d’une longue amitié et, de samedi en samedi, nous rencontrions pour partager nos créations. Pendant un moment, il y eu même une sorte de petit club de 4 ou 5 bédéistes en herbe. Ils avaient tous le même problème que moi en ce qui concernait les personnages québécois (ou canadiens-français, comme nous disions alors).
Lorsque nous évoquions la possibilité de créer un héros francophone, c’était sur le mode de la parodie, pour plaisanter. La chose paraissait absurde en soi.
Puis, un samedi de 1971, je feuilletais la revue « Perspectives » (qui venait en supplément du journal Le Soleil chaque fin de semaine) et j’aperçus une photo d’un curieux décor avec des comédiens québécois connus en uniformes nazis. En grosse lettres colorées, un titre : IXE 13.
« Qu’est-ce que c’est que ce truc ? », me demandai-je. On parlait d’un film qui allait bientôt sortir. Film de Jacques Godbout, musique de François Dompierre et, distribution : Louise Forestier, les quatre compères du groupe Les Cyniques: André Dubois, Serge Grenier, Marc Laurendeau et Marcel Saint-Germain, plus Carole Laure, Diane Arcand, Luce Guilbeault, Jean-Guy Moreau, Louisette Dussault et même les lutteurs nains Little Brutus et Sky Low Low !
Dans l’article, j’apprenais que ce film était une adaptation d’une série de romans de Pierre Saurel, mettant en vedette un personnage qui avait été extrêmement populaire : IXE 13, l’as des espions canadiens.
Alors que je commentais l’article à voix haute, ma mère, qui se trouvait non loin, dans la cuisine, me dit à peu près ceci : « IXE 13 ? Ah oui ! J’aimais ces livres-là, ça a été extrêmement populaire. Tout le monde lisait ça. C’était des « romans à dix sous ». »
L’article du « Perspectives » mentionnait, effectivement, que les « romans à dix sous », publiés en épisodes hebdomadaires, avaient été une forme de littérature très populaire avant la télé.
J’étais à la fois fasciné et frustré : moi qui lisais beaucoup, je n’en avais jamais entendu parler.
Dans une vieille armoire de la maison, se trouvaient encore quelques exemplaires de ce qui avait été les lectures de ma mère : de vieux numéros jaunis des aventures de IXE 13, ainsi que d’un autre personnage totalement inconnu pour moi, «Le Domino Noir ». C’étaient des fascicules d’une quarantaine de pages, imprimés sur du papier journal, avec une couverture monochrome illustrée. Je les lus avec fascination. Comme ça, il avait déjà existé, ici au Québec, une forme de littérature populaire !
Évidemment, je suis allé voir le film. Une comédie musicale (genre peu pratiqué ici, également) joyeusement éclatée. « IXE 13 » fut cependant un flop au box office. J’ai toujours considéré que c’était un des films les plus sous-estimé de cette période du cinéma québécois.
Il a fallu des décennies avant que j’en apprenne davantage sur ce qu’avaient été ces fameux « romans à dix sous ».
De quoi s’agissait-il donc ?
La suite la semaine prochaine.
P.S. : "Histoires à Dormir Debout !" est aussi une émission de radio !
Tous les dimanches à 13h et les jeudi à 18h sur CJRD FM 88,9 à Drummondville.
Animée par Claire Tessier.
Accessible en direct sur le web au www.cjrd.ca

dimanche 10 mai 2009

Histoire d’éthique


On parle beaucoup des problèmes éthiques des politiciens ces jours-ci.
Entre la commission Oliphant qui enquête sur les possibles malversations de l’époque Mulroney, le conflit d’intérêt d’un ministre provincial pour qui on change les règles, l’affaire des compteurs d’eau à Montréal, les magouilles autour des FIERS, il y a beaucoup de questions qui se posent sur ce qu’on fait des deniers publics. Et sur le sens de l’éthique de certains de nos dirigeants.

Ça ne date pas d’hier. La première écoute électronique à avoir eu lieu au Québec, visait précisément à révéler un scandale.

Députés sous écoute...

En 1913, le parti libéral forme le gouvernement de la province de Québec depuis 16 ans. Lomer Gouin (photo) est premier ministre depuis 1905. Des rumeurs courent sur la corruption des députés au pouvoir. On dit que des contrats sont obtenus grâce à des pots-de-vin mais les preuves manquent. Cette même année, un nouveau journal est fondé, le Montreal Daily News, très proche du parti conservateur. Désireux de mettre la main sur un « scoop » qui fera connaître leur journal, le directeur, E. Nichols et le rédacteur en chef Brenton A. MacNab se décident à investir près de 50 000$ pour prendre des députés libéraux en flagrant délits.
Ils contactent une agence de détective privés célèbre des États-Unis, l’agence Burns qui leur envoie quelques détectives qui se font passer pour des hommes d’affaire. Ils se prétendent les représentants d’une entreprise spécialisée dans l’organisation de foires, expositions et événements de ce type, la Montreal Fair Association. Ils débarquent à Québec et s’installent au château Frontenac d’où ils contactent le président du comité des bills privés à l’Assemblée législative, M. Joseph-Octave Mousseau. Le député libéral les rencontre dans la chambre 369. C’est là qu’ils lui propose un projet de loi (« bill ») qu’ils ont rédigé eux-mêmes et qui exempterait la Montreal Fair Association des lois sur l’alcool et le jeu ainsi que de plusieurs taxes et impôts.
Pour aider Mousseau à convaincre le gouvernement d’adopter le bill en question, ils ont préparé plusieurs enveloppes contenant des sommes d’argent substantielles à distribuer en pot-de-vin. Mousseau accepte l’argent... sans savoir que dans les murs de la chambre 369 se trouvent des micros Marconi reliés à un appareil appelé « détectaphone ». Des écouteurs permettent à des sténographes assermentés, installés dans une autre pièce, d’écouter la conversation et de la retranscrire.
Le détectaphone (genre de central téléphonique portatif) appartient à l’agence Burns qui s’en sert fréquemment pour des enquêtes. Mousseau vient d’être victime de la première écoute électronique dans l’histoire du Québec.
En décembre 1913, le projet de loi rédigé par les « hommes d’affaires » est présenté au parlement par Mousseau (bill privé no 158). Il est accepté sans aucun amendement, puis est adopté par le Conseil législatif (Sénat provincial, aujourd’hui aboli) en janvier 1914. Il est présenté par le conseiller Achille Bergevin.
Une semaine plus tard le Montreal Daily Star commence à publier les détails de l’affaire, incluant la retranscription de la conversation tenue dans la chambre 369. Le 22 du même mois, Armand Lavergne député nationaliste indépendant, interpelle le gouvernement sur ce sujet en chambre et exige une enquête publique. Il harcèle le gouvernement et, apuuyé par plusieurs journaux, finit par obtenir que l’enquête ait finalement lieu.
Les rédacteur du journal comparaissent devant les députés. Heureusement pour le gouvernement, Mousseau n’a pas nommé tous les bénéficiaires des pots-de-vin.
Finalement Mousseau, Bergevin et un autre Conseiller législatif incriminé, Louis-Philippe Bérard, devront démissionner.
L’affaire occupe la première page des journaux. Le parti libéral accuse les journalistes de salir la classe politique toute entière. En février, Charles Lanctôt, assistant du procureur général (Ministre de la Justice) impliqué dans l’affaire, attaque physiquement Brenton MacNab. Il doit plus tard lui présenter des excuses.
Le bill 156 est finalement abandonné à cause du scandale. La Première guerre mondiale sauvera sans doute le gouvernement de Lomer Gouin en dirigeant l’attention de la presse vers le conflit, ce qui fera oublier le scandale. Les libéraux resteront au pouvoir jusqu’en 1936. Bergevin fera un retour en politique et sera élu député de Beauharnois en 1919. Mousseau connaîtra une belle carrière d’avocat.
Damase Potvin, correspondant de La Patrie à Québec, rassemblera ses notes sur ses événements et en tirera un roman Le Membre...

Comme qui dirait : Rien de neuf sous le soleil de ce côté-là. Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie !


Attention ! De nouvelles émissions de « Histoires à Dormir Debout ! » seront diffusés à partir du 14 mai sur les ondes de CJRD 88,9 FM Radio Drummond. Vous pouvez les écouter en direct sur le web au http://www.cjrd.ca/
Tous les jeudi à 18h avec une reprise le dimanche à 13h !
Je raconte une nouvelle histoire chaque semaine en répondant aux questions de Claire Tessier !

Source de la photo : université de Sherbrooke.
http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/23354.html

lundi 13 avril 2009

Histoire de pirates




Les disciples somaliens de Jack Sparrow.

On a beaucoup parlé des pirates cette semaine. Surtout après qu’un navire américain eut été pris d’assaut par une bande de pirates au large de la Somalie. Cela fait déjà plusieurs années qu’on peut lire de petits articles dans les journaux sur les pirates somaliens qui attaquent régulièrement des navires qui doivent passer près des côtes de leur pays pour entrer dans la mer Rouge en direction du canal de Suez.

Il y a quelques semaines une flotte chinoise se dirigeait vers la région afin d’escorter un convoi de cargos. Détail : c’est la première flotte militaire chinoise dans la région depuis celle de l’amiral Zheng He en 1431.

Mais tout ça n’attirait pas spécialement l’attention. Par contre un navire américain, ça c’est important ! Surtout après qu’une nouvelle parue dans Cyberpresse annonce que l’équipage avait « repris le contrôle du navire ». Ça a fait fantasmer certains blogueurs sur les braves américains qui avaient pris les choses en main parce qu’ils avaient le droit d’être armés, à la Rambo ou à la Bruce Willis. En fait les marins n’ont pas plus le droit d’être armés sur les navires américains que sur les autres. On appris rapidement que ce qui s’était passé, c’est que le capitaine Richard Phillips, avait dit à à son équipage d'une vingtaine d'hommes de s'enfermer dans une pièce. L'équipage avait eu ensuite le dessus sur certains des pirates mais le capitaine s'est rendu aux assaillants afin de protéger ses hommes. Les assaillants se sont ensuite échappé en emmenant le capitaine en otage à bord d'un canot de sauvetage. Courageux, le gars, mais plus proche de Martin Luther King que de Rambo… Une intervention militaire a finalement permis de libérer le capitaine.
Le « Maersk Alabama » est un cargo de 17.000 tonnes appartenant à Maersk Ltd, une filiale d’une compagnie danoise, qui est aussi un très gros sous-contractant du département américain de la défense.
Des éditorialistes de Power Corporation ont alors écrit sur ce qu’il faudrait faire face à ces pirates et philosophés sentencieusement sur le côté « post-moderne » et « retour au Moyen Âge » de la réapparition de la piraterie maritime.
On a aussi, bien sûr, évoqué l’Islamisme. C’est vrai que des émules d’Oussama Ben Laden seraient en train de recruter chez les Somaliens. Pas vraiment de surprise là.

Personne ne s’est demandé, et on ne nous a pas expliqué, cependant, comment et pourquoi la piraterie maritime s’était développée, spécifiquement, au large de la Somalie.
Historiquement, les pirates des mers ne peuvent exister que dans les régions ou il n’y a pas d’État capable de faire régner l’ordre sur les côtes. Ou bien lorsque l’État encourage la piraterie parce qu’il en tire un profit.
La Somalie appartient définitivement au premier cas, étant donné qu’il n’y a pas eu de gouvernement digne de ce nom dans le pays depuis le début des années 1990, quand une guerre civile a commencé Le pays, depuis s’est fragmenté en une série de clans contrôlés par des chefs de bande qu’on appelle parfois « seigneurs de la guerre ». Une tentative d’instaurer un gouvernement en 2006 sous la forme d’une « Union des Tribunaux islamiques ». Cette institution s’effondra après que l’Éthiopie eut envahi la Somalie, prétextant que ces Tribunaux étaient une menace à sa sécurité bien qu’ils n’aient eu aucune force armée.
Un « Gouvernement fédéral provisoire » est reconnu par plusieurs pays mais ne contrôle rien en Somalie même.

Ce qu’on sait des pirates c’est qu’ils ont en moyenne de 25 à 30 ans et viennent du Nord-Est du pays. Selon l’Association maritime d’Afrique orientale il y aurait au moins cinq « gangs » de pirates regroupant au total environ 1 000 hommes armés. Selon la BBC, on peut les regrouper en 3 catégories :
-Des pêcheurs de la région, considérés comme les cerveaux à cause de leur compétence en navigation et de leur connaissance de la mer.
-Des ex-miliciens qui combattaient auparavant pour les chefs de clans locaux et qui amènent leurs armes.
-Des techniciens sachant utiliser l’équipement technologique tel que les GPS.

La présence des pirates dans les villages de la côte entraîne la présence d’homems armés dans les rues, ce qui est un problème de sécurité ainsi qu’une hausse de la consammation d’alcool et de drogues diverses. Par contre, ils sont la seule source de revenus et d’emplois pour une bonne partie de la population. Et, paradoxalement, ils sont souvent la seule force de maintien de l’ordre en l’absence d’État.

Mais pourquoi n’y a-t-il pas d’État en Somalie ?

Il y en avait un il y a encore 20 ans. Dans les année 60-70, le pays était presqu’autosuffisant en matière alimentaire, son économie reposant essentiellement sur l’élevage du bétail.

Engagé dans une longue guerre contre l’Éthiopie pour la possession de l’Érythrée, territoire de l’ancienne Somalie italienne donné en cadeau à l’Éthiopie par les Alliés à la fin de la Deuxième guerre mondiale, le pays a, durant les années 70, contracté des prêts auprès de grandes institutions financières. Il a dû, en conséquence, se soumettre à un plan « d’ajustement structurel « imposé par le Fonds monétaire international (FMI).

Ce plan comprenait plusieurs volets. Tout d’abord on a dévalué la monnaie locale, ce qui a entraîné de fortes hausses de prix du carburant, des engrais et des médicaments pour le bétail. De nombreuses entreprises d’État ont été privatisées, dont un programme de vaccination des animaux qui devint ainsi trop cher pour les paysans. Le résultat : une série d’épidémies a décimé le cheptel, entraînant la famine dans ce pays ou, jusqu’en 1983, le bétail représentait 80% des exportations. Parallèlement les dépenses de santé ont chuté de 78% entre 1975 et 1989. Le budget de l’éducation, qui était de 82$ en 1982, était tombé à 4$ en 1989. Les inscriptions scolaires ont chuté de 41%.

Si ces faits ont été peu publicisés en Occident à l’époque (pourquoi ?) , la suite, elle, a été abondamment médiatisée : guerre civile, famines meurtrières et effondrement total du gouvernement en 1991. Le pays est depuis ^partagé entre des chefs de guerre commandants des milices privées.

Les concerts « Live Aid » et autre « We are the World » ont permis aux artistes et aux donateurs de ce donner bonne conscience mais n’ont pas pu remplacer l’économie et la société détruite.

Une expédition de l’ONU n’a pas changé grand-chose n’ont plus, sauf à faire quelques milliers de morts de plus parmi les Somaliens. Elle a permis de découvrir qu’un régiment aéroporté était infiltré par des néo-nazis et a embarrassé les Forces armées quand un civil somalien a été torturé à mort par des militaires canadiens. Après qu’une milice locale ait abattu un hélicoptère américain, les troupes étrangères ont fait leurs paquets et abandonné la Somalie à son sort.

Les eaux territoriales somaliennes, désormais sans protection, furent alors envahies par des chalutiers de différents pays qui viennent pêcher annuellement pour environ 300 millions de dollars de thon, homard et crevettes, privant par conséquent les pe^cheurs somaliens de leur revenu. C’est alors que les pêcheurs commencèrent à utiliser des bateaux rapides pour intercepter les navires de passage et prélever des « taxes » et les dissuader de revenir. La piraterie somalienne était née. On évalue à environ 100 millions de dollars le montant d’argent rapporté en Somalie à chaque année par les pirates. Sugule Ali, un des leaders d’un groupe de pirates qui se surnomme « La garde-côte volontaire de Somalie » déclare que les « vrais bandits sont ceux qui vienne pêcher ici illégalement et verser des déchets dans nos eaux.».

Car la côte somalienne sert aussi de dépotoir pour d’autres pays qui y vont déverser leurs déchets toxiques, parfois nucléaires. Un député vert européen a présenté au parlement de Strasbourg des copies de contrats signés par deux firmes européens avec un chef de guerre somalien lui offrant 80 millions de dollars en échange de la permission pour les firmes de déverser 10 millions de tonnes de déchets toxiques dans les eaux près de son territoire. Après le tsunami de 2005 dans l’Océan indien, des déchets nucléaires auraient fait surface et un rapport de l’ONU fait état de symptômes « cohérent avec l’empoisonnement aux radiations » dans la population locale. Environ 300 personnes en seraient mortes.

Alors oui, il y a des pirates en Somalie. Mais ils ne sont pas tombés du ciel.

Pour en savoir plus :

http://www.alternet.org/story/135716/

http://en.wikipedia.org/wiki/Somali_pirate

http://www.sfbayview.com/2009/you-are-being-lied-to-about-pirates/

http://www.g7.utoronto.ca/governmental/hc16/hc161015.htm

Photo : pirates somaliens source Wikiméedia commons



dimanche 22 mars 2009

Histoire pas catholique



Décidément, en ce mois de mars 2009, l’Église catholique en a fait voir de toutes les couleurs à ses fidèles !
D’abord avec un cardinal qui nie l’Holocauste et dont le pape ne semble pas savoir s’il doit le démettre de ses fonctions ou pas...
Ensuite avec cet évêque brésilien qui excommunie toute la famille et le personnel médical entourant une fillette de neuf ans qui se fait avorter après un viol.
Enfin avec la campagne contre les condoms que Papa Ratzi mène en Afrique, continent ravagé par le SIDA.

Mais ce n’est pas d’hier que l’Église s’embarque dans des causes douteuses et ça n’arrive pas seulement dans des pays « étrangers ». Voici une petite histoire ayant eu lieu dans notre Québec…

La loge « L’Émancipation »

En Mars 1911, à la Cour du Banc du Roi de Montréal, le juge Joseph Lavergne (citoyen d’Arthabaska, père d’Armand Lavergne et ami de Wilfrid Laurier) préside un procès hypermédiatisé pour l’époque, La Couronne contre A-J. Lemieux.
Le docteur Albert J. Lemieux et trois autres individus sont accusés d’avoir perpétré un vol à main armée sur la personne de Ludger Larose, peintre et professeur d’art.
Ce qui suscite la présence des représentants 10 journaux différents, venus de toute la province, à ce procès, c’est que Ludger Larose est aussi franc-maçon et que l’agression dont il fut victime est directement liée à son appartenance à la franc-maçonnerie, société secrète très mal vue par l’Église, alors que ses agresseurs sont membres de l’Association Catholique de la Jeunesse canadienne-française (ACJC) , organisme fondé en 1903 et voué à la défense du catholicisme.
Le crime a été commis le 8 avril 1910, à Montréal, au coin Sherbrooke et Prudhomme. Alors que Ludger Larose descendait du tramway, il fut attaqué par 4 hommes armés qui lui prirent son argent et, surtout, des documents appartenant à la loge maçonnique L’Émancipation, seule loge maçonnique francophone au Québec, dont Larose était trésorier.
Parmi ces documents se trouvait une liste des membres de l’organisme. Larose signala l’agression à la police, mentionna le vol de son argent mais ne parla pas de la liste de membres.
Quelques jours plus tard se tint une réunion d’urgence de la loge. Tous étaient certains que les documents seraient utilisés contre les personnes membres et la loge L’Émancipation décida de se dissoudre. Ses archives furent brûlées.
Les craintes des Francs-maçons se réalisèrent quelques mois plus tard quand les Jésuites du collège Sainte-Marie publièrent une brochure de 32 pages signée par le docteur Albert-J. Lemieux, intitulée La loge l’Émancipation. La brochure contenait des extraits de comptes-rendus de réunions de la loge remontant à 1909 mais, surtout, une liste des membres.
Les persécutions commencèrent immédiatement. Plusieurs médecins, maintenant connus comme francs-maçons, furent rayés du personnel des hôpitaux, la ville de Montréal fit une enquête pour expulser les Francs-maçons de son personnel et les commissions scolaires firent de même. Ludger Larose, marié et père de deux enfants, fut congédié sans façon de la commission scolaire du plateau, où il enseignait depuis 16 ans. Monseigneur Bruchési, archevêque de Montréal, publia la « liste noire » des personnes en question, recommandant aux Catholiques de les éviter, de ne pas faire affaire avec eux, de ne pas les embaucher.
Lemieux commença à faire une série de conférences sur le contenu de sa brochure et montant en épingle la « menace maçonnique ». Un jour, Larose l’entendit pérorer dans une librairie. Il reconnut la voix d’un de ses agresseurs. Il porta plainte à la police. Des accusations de vol à main armée furent portées. Et c’est ainsi que la cause se retrouve devant le juge Lavergne.
Les accusés ne nient pas les faits et se défendent même en disant avoir agi pour défendre la religion. C’est Larose qui est traité comme un accusé et questionné de façon serrée sur les buts de la franc-maçonnerie et le fait que l’Église interdise aux Catholiques d’en faire partie. On monte en épingle le fait que la loge L’Émancipation entretient des relations suivies avec le Grand Orient de France, loge maçonnique qu’on dit être à l’origine de la loi de séparation de l’Église et de l’État, adoptée dans ce pays en 1905.
À la fin du procès, devant les faits présentés, le juge Lavergne fait ses recommandations aux 12 jurés, tous canadiens-français et catholiques. Il est beaucoup plus directifs que ne le sont ordinairement les juges en disant : « Vous devez juger conformément à la preuve. Aucun autre verdict ne serait acceptable, que celui de culpabilité. »
Mais, le 28 mars 1911, les jurés trouveront les accusés non coupables. Malgré le fait, rappelons-le, que les 4 individus aient avoué avoir perpétré le vol à main armée. L’ensemble du clergé et de la presse conservatrice du Québec se félicitera de cette victoire sur l’athéisme alors que les journaux libéraux seront scandalisés : « Une nouvelle morale permet de voler les gens et de les brutaliser ! » affirmera le journal Le Pays.
Ludger Larose parviendra à survivre tant bien que mal jusqu’en 1912, où il sera embauché comme professeur d’art à la commission scolaire de Westmount. Il n’aura plus jamais l’occasion d’enseigner à des francophones.
Une nouvelle loge maçonnique francophone, appelée Force et courage, sera fondée mais elle demeurera marginale et n’aura jamais plus de 25 membres.
Chantez avec moi : Dans le bon vieux temps, ça se passait d'même...
Source :
Longstaff, Alison
The price of passion
The Beaver October/november 2005, Vol 85 :5, p 36 à 40

et

http://fr.wikipedia.org/wiki/Franc-ma%C3%A7onnerie_au_Canada

Photos : « Saint-Faustin » Tableau de Ludger Larose 1899
« Le vieil homme » Tableau de Ludger Larose

dimanche 22 février 2009

Votre cellulaire et le Congo (2e partie)















Un siècle après le caoutchouc, le Congo saigne toujours...




On a évalué à 220 millions de francs (équivalent à $ 1,1 milliards en dollars d’aujourd’hui) le profit total que Léopold aurait retiré durant sa vie, de sa colonie privée. Cela lui permit, entre autres, d’investir $6 millions dans la rénovation de son palais royal à Laecken.
L’exploitation du caoutchouc et de l’ivoire avaient l’avantage commun de ne nécessiter aucun investissement en capital, mais uniquement du travail : les Africains étaient forcés d’aller cueillir le latex et chasser l’éléphant, sous peine d’être fouetté, exécuté, mutilé, ou de voir leurs familles, prises en otage, subir le même sort. La moitié du budget de « l’État indépendant du Congo » était englouti dans la Force publique, armée de mercenaires au service de Léopold, dont les effectifs avaient gonflé jusqu’à 19 000 hommes. Il intéressant de comparer l’importance de cette force paramilitaire avec le chiffre minime de 430 employés civils en 1890. Cela donne une idée de la nature du régime…
Celui commença d’ailleurs de plus en plus à être critiqué à partir du tournant du siècle.
Dès 1890, un journaliste américain (et noir), Georges Washington Williams avait écrit une Lettre ouverte au roi Léopold, publiée dans plusieurs journaux, dénonçant les atrocités commises au Congo. Quelques missionnaires ajoutèrent leurs voix à la sienne. Essentiellement des Protestants, les Catholiques étant étrangement silencieux…
Léopold mit en doute ces informations, créa une Commission d’enquête bidon et a alla jusqu’à rétribuer des journalistes pour obtenir des articles favorables dans la presse. Il faut dire qu’il était très difficile pour des étrangers d’obtenir la permission de visiter le Congo et que les employés de la compagnie ne pouvaient le quitter avant la fin de leur contrat. L’information circulait donc mal. Néanmoins, un ancien employé, E.D. Morel, finit par révéler publiquement les atrocités auxquelles il avait assisté. En 1902, Joseph Conrad publia « Au cœur des ténèbres », longue nouvelle dans laquelle il décrit de façon impressionniste les horreurs du Congo léopoldien. En 1904, Roger Casement, diplomate britannique et militant antiesclavagiste, visita le Congo et ameuta la presse européenne. Toutes ces protestations finirent par amener le gouvernement belge, inquiet des répercussions sur l’image de la Belgique, à instaurer une commission d’enquête. En 1908, le Parlement belge vota l’annexion du Congo qui devint une colonie de la Belgique pour les 52 années suivantes. La Belgique prit en charge la dette de « l’État indépendant » (environ 110 millions de francs belges). Le roi n’eut jamais à rembourser les 32 millions en prêt divers consentis au cours des années et reçut 50 millions en « reconnaissance pour les services rendus » (à qui ?). Léopold mourut l’année suivante. Détail : il avait ordonné la destruction de toutes les archives de « l’État indépendant du Congo ».
Le bilan de ces années de terreur sur les populations du bassin du Congo est difficile à tracer. Il n’y eut aucun recensement au Congo avant les années 1920 et les estimations de la population congolaise avant le règne de Léopold varient de 10 000 000 à 27 000 000. L’estimation du nombre de morts causés par la terreur léopoldienne varie tout autant. Certains parlent de « plusieurs centaines de milliers de morts ». Roger Casement, en 1904 avait évalué à 3 millions le nombre de victimes. L’historien américain Adam Hoschild a évalué le chiffre à 7,5 millions. Si ces chiffres s’avèrent proches de la réalité, cela place Léopold dans la même catégorie de tueurs de masse que Staline, Hitler, Mao Zeedong ou Pol Pot.
Comment ces morts se produisirent-ils ? D’abord il y eut, bien sûr, les mauvais traitements, épuisement dû au travail forcé et exécutions sommaires. Mais il faut y ajouter les guerres continuelles : plusieurs royaumes africains résistèrent avec leurs vieux fusils à pierre ou leurs lances contre les armes à répétition et les mitrailleuses de la « Force publique ». Certaines ethnies se livrèrent à des guérillas qui durèrent jusqu’en 1906, auxquelles la « Force publique » répliquait souvent par des représailles sur les populations civiles. Les Arabes et Swahilis établis dans la région pour le commerce des esclaves et de l’ivoire défendirent aussi leurs intérêts. Ils avaient fondés des établissements dont certains étaient de véritables villes pouvant atteindre 60 000 habitants. De 1892 à 1894, ces cités furent systématiquement détruites. Puis, dans les années qui suivirent, la « Force publique » fut confrontée à une série de mutineries de ses soldats africains, étalées sur plus de dix ans (la dernière eut lieu en 1907).
Il faut ajouter les épidémies causées par les déplacements de population et les famines provoquées par l’abandon des cultures vivrières quand la main-d’œuvre était réquisitionnée.
La « Force publique » obtenait la collaboration des chefs coutumiers en les menaçant de mort. Ils donnaient l’ordre à leurs sujets d’aller récolter du caoutchouc sauvage dans la forêt. Ces exigences finissaient par provoquer des révoltes contre les chefs. La Force créa des camps où les femmes et les enfants furent pris en otage, les hommes pouvant libérer les membres de leur famille contre de l’ivoire ou du caoutchouc. Ces camps furent de véritables foyers d’épidémie et on y mourrait en masse.
Après 1908, on se dépêcha d’oublier ces faits dérangeants.
Mais aujourd’hui ? Sûrement la guerre actuelle au Congo est une affaire purement congolaise, non ?
En fait, elle a débuté avec l’invasion du pays par une armée rwandaise à la poursuite de rebelles liés aux massacres de 1994 dans ce pays, mais surtout, toutes les armées qui s’affrontent se financent avec de l’argent et des armes qui viennent d’en dehors du pays. En fait, en dehors d’Afrique.

Cuivre, étain, cassérite, coltane, lihium : ce sont des métaux ou des alliages naturels, bref des matériaux qu’on dit stratégiques. Vous ne connaissez sans doute pas les noms de plusieurs d’entre eux mais sachez qu’ils font partie des composants indispensables de plusieurs produits de haute technologie. Le coltane, en particulier, une fois raffiné, donne le tantale métallique, indispensable à certains produits technologiques, notamment votre téléphone cellulaireé
Le Congo est le principal producteur de plusieurs de ces métaux. Il possède, par exemple, 10% des réserves mondiales de cuivre, 30 à 40% des réserves de cobalt et 60 à 80% des réserves de coltane. Les exportations de coltane du Congo, par exemple, sont majoritairement dirigées vers les États-Unis qui en sont le plus grand consommateur.
Les mines de cassérite sont situées dans la province du Nord-Kivu, au nord du pays, là où la guerre fait rage. La guerre n’empêche pas l’exploitation minière, au contraire. Un mineur nommé Muhanga Kawaya a parlé de son travail à un journaliste britannique en 2006 :
« Quand tu rampes dans le petit trou, utilisant des doigts et tes bras pour t’agripper, il n’y a pas assez de place pour creuser proprement et tu te fais écorcher partout sur le corps. Et alors, quand tu reviens finalement à l’extérieur avec la cassérite, les soldats t’attendent pour prendre le minerai à la pointe du fusil. Ce qui veut dire qu’il ne te reste rien pour acheter de la nourriture. Alors nous avons toujours faim. »
Certaines mines sont gérées par des militaires ou à d’autres groupes armés, avec une main-d’œuvre théoriquement salariée, d’autres appartiennent à des mineurs « indépendants » qui sont taxées lourdement par les mêmes militaires ou les mêmes milices privées. Les soldats eux-mêmes sont peu ou pas payés alors la tentation est grande de pressurer les mineurs. Avec tout ce qu’on peut imaginer comme « dommage collatéraux » : meurtres, viols des femmes, enrôlement forcés des enfants comme soldats, etc.
Le journaliste Sven Torfinn a écrit, dans The Economist un article intitulé « Africa’s Great War ». On peut y lire des histoires de ce genre :
A travers le Kivu, un pays de collines vertes digne des cartes postales, les villages sont à moitié désertés, les champs négligés et le bétail un pieux souvenir. Dans les forêts entourant Mantu, près de Bukavu, les villageois ont creusé des tranchées allant jusqu'à la taille et les ont recouvertes de branches ; lorsque les maraudeurs hutus approchent, comme presque chaque semaine, ils viennent s'y cacher.
Les paysans de Ramba Chitanga, un village trop petit pour figurer sur une carte, racontent une histoire macabre. Lorsque le RDC (Une des factions militaires.) est parti, les Hutus sont arrivés et ont accusé les habitants de nourrir leurs ennemis, puis les Mai-Mai (Une autre faction) ont attaqué. Durant la bataille qui s'est ensuivi, les Hutus ont amputé les mains d'une jeune femme de 29 ans nommée Janet Vumilia ; à présent, avec ses moignons en forme de quille, elle maudit les proches qu'ils ont assassinés : ses beaux-parents, son beau-frère, sa sœur enceinte et sa nièce.
(…) Le bétail est aujourd'hui rarissime au Kivu, mais les prix se sont néanmoins effondrés. Les habitants calculent que s'ils achètent une vache, des hommes en armes vont la leur prendre, de sorte qu'ils ne le font pas. Les rebelles encaissent une "taxe sécuritaire" de 1 dollar par hutte, mais ce paiement ne semble pas réduire la probabilité que tôt ou tard des assassins s'infiltrent nuitamment.
Dans l'hôpital de Walungi, près de Bukavu, 1200 patients se répartissent 300 lits et l'attention de 3 médecins. La moitié environ des pensionnaires sont relativement bien portants, mais trop terrifiés pour rentrer chez eux. Les peintures murales de l'hôpital mettent en scène des docteurs noirs en blouse blanche, et rappellent les espoirs perdus des années 60. A présent, les dispensaires sont pleins d'enfants noirs aux cheveux blonds, un symptôme de malnutrition. Agée de 32 ans, l'infirmière principale affirme n'avoir reçu que 3 mois de salaire dans toute sa carrière. Pourquoi donc continuer ? "C'est notre pays", dit-elle en haussant les épaules. "Il est tragique, mais c'est ainsi."
Les mines de coltane, pour leur part, ont financé une armée de 40 000 soldats soutenue par le Rwanda en 2001-2002.
Tous ces matériaux sont en quantité infime dans chaque téléphone ou appareil électronique mais l’explosion du nombre de ces appareils depuis 10 ans crée une demande sans cesse croissante pour les métaux produits par le Congo.
Et c’est ainsi que le boom des nouvelles technologies et notre économie « sans fil », en Europe, en Amérique du Nord, sont soutenues par une économie de pillage dont le fonctionnement n’aurait pas dépaysé un Romain de l’Antiquité.
Il est vrai que certains pays occidentaux, aiguillés par les États-Unis, pensent à une force d’intervention… Depuis que le gouvernement nominal du Congo a signé un accord avec la Chine pour l’exploitation des métaux rares, et qu’une force de paix composée de troupes venues d’autres pays africains a commencé à s’organiser. Ce qui ne serait pas, apparemment au goût de tout le monde.
« La mise sur pieds d’un état de droit [au Congo] va permettre de juguler le trafic de minerais qui se passe dans toute cette région. Et s’il y a un état congolais fort, ces trafics vont diminuer.En ayant un état congolais faible, ces trafics vont continuer et l’accès aux ressources va être d’autant plus facilité », selon le professeur Bob Kabamba, chercheur congolais.
La morale de l’histoire ?
Je ne vois aucune morale là-dedans…

Pour en savoir plus :
http://www.checkpoint-online.ch/CheckPoint/Monde/Mon0043-GuerreCongo.html
http://www.indymedia.be/en/node/30217
http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/les-damnes-du-kivu_698131.html


dimanche 15 février 2009




Votre cellulaire et le Congo... (1ère partie)




Puisque février est le mois de l’Histoire des Noirs, je vais y aller d’une petite histoire africaine.

Parlons du Congo...

La République démocratique du Congo (qui fut autrefois le Zaïre, le Congo belge et l’État indépendant du Congo, entre autre noms que cette région a portés) est un territoire immense, actuellement sans gouvernement digne de ce nom, de 2 345 000 km2 et peuple de 65 millions d’habitants. L’endroit est, depuis 10 ans, ravagé par une guerre qui a fait entre 2 et 4 millions de morts et est totalement ignorée par les médias. En théorie les différentes factions ont signé un cessez-le-feu en 2003 mais les combats continuent dans le nord du pays.

Par comparaison, signalons que le conflit israélo-arabe, qui occupe tellement les médias occidentaux, a fait 51 000 morts en 60 ans.

La guerre au Congo a commencé durant la chute longtemps attendue du dictateur Mobutu Sese Seko en 1997. Cet individu, qui avait mis le pays en coupe réglée et instauré un régime qu’on a qualifié de « kleptocratie » (gouvernement par le vol) était aussi un grand ami de l’Occident pendant la guerre froide.

Avant lui, il y avait eu une autre guerre civile, au début des années 60. Celle-là, distinguée par la présence, totalement inefficace des troupes de l’ONU et celle, médiatiquement attirante de groupes colorés de mercenaires venus de divers pays européens, avait été causée par la sécession d’une province riche en minéraux, le Katanga. Cette sécession avait été soutenue par des intérêts miniers très importants qui redoutaient la présidence « socialiste » de Patrice Lumumba, élu à la tête du pays après le départ des Belges en 1960.

La Belgique avait dirigé le Congo, d’une façon particulièrement autoritaire, même selon les standards colonialistes, depuis 1908.

Parce qu’avant cette date, le Congo avait fait l’objet des manchettes des journaux occidentaux, à cause des « horreurs » qui s’y déroulaient.

De 1885 à 1908, ce fut l’époque de « l’État indépendant du Congo… »

En 1885, une grande conférence se tenait à Berlin, réunissant les chefs d’État des grandes et moyennes puissances européennes, avec, à l’ordre du jour, le partage de l’Afrique. Les pays européens se préparaient à conquérir l’intérieur du continent noir. Depuis des siècles, les Anglais, Français, Portugais, Espagnols et autres s’étaient contenté de s’emparer de petits territoires situés sur les côtes. Les maladies tropicales et l’opposition des royaumes africains avaient, jusque-là, empêché les Européens de pénétrer très loin à l’intérieur du continent. Dans les années 1880, deux découvertes vinrent changer la situation : les progrès de la médecine permettaient enfin aux Blancs de lever le premier obstacle et l’invention des armes automatiques, de liquider le deuxième.
Le principe reconnu par la conférence de Berlin était celui du « premier arrivé, premier servi ». Le premier pays à envoyer un explorateur dans un territoire pouvait ensuite le revendiquer sans interférences des autres puissances européennes. À lui ensuite d’imposer sa domination aux « indigènes ».
Or, dans l’immense bassin du Congo, où se trouve aujourd’hui la république du même nom, l’explorateur américain Stanley avait patrouillé la région, non au nom d’un pays mais au nom d’un individu : Léopold II, roi des Belges , qui était aussi un homme d’affaire avisé. Il avait formé la Compagnie du Congo pour le commerce et l’industrie, entreprise privée. Sous sa direction, des explorateurs avaient parcouru le bassin du fleuve Congo, et arraché des traités aux souverains des royaumes locaux en employant diverses méthodes, dont la corruption et la violence. Par ces documents, les principaux États de la région, les royaumes Louba, Lounda et Kouba, ainsi que de nombreuses petites tribus, se mettaient sous la «protection» de la compagnie (dans le but officiel de chasser les négriers arabes). En 1885, la Conférence de Berlin reconnut officiellement à Léopold II la propriété personnelle des terres ainsi revendiquées. Le territoire réuni, correspondant plus ou moins à l’actuel Congo-Kinshasa (76 fois plus grand que le royaume de Belgique), fut baptisé «État indépendant du Congo» et fut placé sous la direction personnelle de Léopold, sans que le gouvernement de la Belgique y soit le moindrement impliqué. Une série d’expéditions militaires, constituées de mercenaires payés par la compagnie et recrutés dans plusieurs pays, chassa les Arabes et leurs alliés Swahilis, quitte à embaucher ensuite ceux qui acceptaient de travailler pour la compagnie.
Quant à ce qui se passa ensuite, voici ce qu’en raconte l’auteur suédois Svend Linqvist dans son ouvrage « Exterminez toutes ces brutes ! » (Paris, Le Serpent à Plumes, 1992, 233 p.) :
“Le 29 septembre 1891, Léopold II, le noble ami de l’humanité, promulgua un décret qui donnait à ses représentants au Congo le monopole du “commerce” du caoutchouc et de l’ivoire. En même temps, les indigènes se voyaient obligés de fournir tant du caoutchouc que du travail, ce qui, en pratique, rendait tout commerce superflu. »
Si les Africains étaient disposés à effectuer le commerce du caoutchouc ou de l’ivoire, ce n’était que dans la mesure où cela leur rapportait des revenus supplémentaires. Sinon, pourquoi négliger leurs cultures et risquer la famine ? Mais la Compagnie voulait le caoutchouc et l’ivoire au prix le plus bas possible. Alors…
« Les représentants de Léopold réquisitionnèrent purement et simplement le travail, le caoutchouc et l’ivoire des indigènes, sans les payer. Ceux qui refusèrent eurent leurs villages brûlés, leurs enfants tués, leurs mains tranchées.” (Voir photo de gauche)
Chaque village congolais devait fournir un certain tonnage de caoutchouc à la Compagnie. Pour s’assurer du respect des quotas, une escouade de mercenaires était affectée à chaque région et le refus, ou le défaut, de fournir les quantités requises entraînait des expéditions punitives contre les communautés fautives : assassinats publics des chefs, viols, mutilations des otages, etc.
Un voyageur américain nommé Glave raconte ceci :
“À l’origine, les indigènes étaient bien traités, écrit-il, mais désormais, des expéditions ont été envoyées dans toutes les directions pour forcer les indigènes à faire du caoutchouc et à le livrer aux missions. L’État se livre à cette politique détestable pour faire des profits.
“La guerre a fait rage dans tout le district d’Equator, et des milliers de personnes ont été tuées et leurs maisons détruites. Ce n’était pas nécessaire autrefois, quand les Blancs n’avaient aucune force. Ce commerce forcé dépeuple le pays.
(…) “Quitté Equator à onze heures ce matin après avoir chargé le bateau avec une trentaine de petits esclaves, principalement des garçons de sept et huit ans, avec quelques filles dans le lot, tous volés aux indigènes.
(...)“De ces libérés à qui l’on fait descendre le fleuve, beaucoup meurent. Ils sont maltraités : pas de vêtements durant la saison des pluies, pas de toit pour dormir, pas de soins quand ils sont malades. L’État ne se soucie guère de la centaine de jeunes à bord, la plupart sont complètement nus et n’ont aucune couverture pour la nuit. Leur crime est que leurs pères et leurs frères ont lutté pour un peu d’indépendance.”
L’ « État » dont il est question, notons-le, est le nom donné à l’administration mise en place par la compagnie du roi Léopold.
Le missionnaire suédois Sjöblom rapporte cet incident survenu le 1er février 1895 : son prêche est interrompu par un soldat qui attrape un vieil homme et l’accuse de ne pas avoir récolté assez de caoutchouc. Sjöblom demande au soldat d’attendre que le service soit terminé. Le soldat se contente d’écarter le vieil homme de quelques pas, place le canon de son fusil contre sa tempe et tire.
“Un petit garçon d’environ neuf ans reçoit l’ordre par le soldat de trancher la main du mort, laquelle, avec d’autres mains prises de manière identique, sont remises le lendemain au commissaire, comme signe de victoire de la civilisation. »
Au poste de Stanley Falls, Glave décrit la situation suivante : “Les Arabes au service de l’État sont forcés de fournir de l’ivoire et du caoutchouc et ont l’autorisation d’employer tous les moyens qui leur semblent nécessaires pour parvenir à ce résultat. Ils emploient les mêmes moyens qu’autrefois, lorsque Tippu Tip (fameux esclavagiste de Zanzibar) était l’un des maîtres de la situation. Ils pillent des villages, prennent des esclaves et les échangent contre de l’ivoire. L’État n’a pas aboli l’esclavage, mais établi un monopole en éliminant les concurrents arabes et Wangwana.(...) Récemment, le poste de Lomani a perdu deux hommes qui furent tués et mangés par les indigènes. Les Arabes (engagés par la Compagnie) furent envoyés pour punir les indigènes ; de nombreux femmes et enfants furent pris et vingt et une têtes furent ramenées à Falls. Le capitaine Rom s’en est servi pour décorer les parterres de fleurs devant sa maison!”

La semaine prochaine : la suite. Jusqu’à aujourd’hui.



En attendant : une petite plogue !
Je serai au premier salon du livre de Victoriaville le 21 février prochain.
À la Place 4213 située au 13, rue de l’entente à Victoriaville.
J’y serai entre 10h et 17h pour présenter mon livre « Histoires à dormir Debout ! »